Pierre Deffontaines et la religion dans "Les Cahiers de Géographie du Québec"

indexVous trouverez dans le dernier numéro de l’excellente revue Les Cahiers de géographie du Québec, un article – "Pierre Deffontaines, géographe de la "noosphère". Une lecture de Géographie et religions" – qui porte sur les rapports complexes que le géographe Pierre Deffontaines entretient avec le déterminisme géographique et l’École française de géographie. Ce texte est issu en partie de la partie épistémologique de ma thèse de doctorat et, pour une fois, il n’y est pas question d’évangélique.

Vous trouverez ci dessous le résumé de cet article.

"La publication en 1948 de Géographie et religions par Pierre Deffontaines témoigne de l’intérêt nouveau des géographes pour le fait religieux. L’auteur présente son ouvrage comme la description minutieuse et exhaustive des marqueurs du religieux dans le paysage. Notre article montre que, à rebours du caractère descriptif du développement, les pages introductives et conclusives sont l’occasion pour l’auteur de revisiter le thème du déterminisme naturel en opérant un renversement original par rapport à la perspective classique. À un second niveau, Pierre Deffontaines propose en filigrane une définition personnelle de la géographie qui s’appuie sur des auteurs inattendus sous la plume d’un géographe, à savoir le Jésuite Pierre Teilhard de Chardin et le philosophe Henri Bergson. La géographie est alors présentée comme une discipline humaniste qui témoigne de l’action de la pensée dans la matière".

Bienvenue à Pharmakon

pharmakonJe salue la naissance d’une nouvelle revue, Pharmakon. Pour le numéro 0, ayant pour thème "Approches spatiales", j’ai écrit un texte intitulé "Les métamorphoses du lieu de culte ou les leçons d’un terrain de recherche dans les milieux évangéliques et pentecôtistes".

En voici l’introduction. Si vous souhaitez le texte en entier, écrivez-moi, et je serai heureux de vous le transmettre. Le mieux reste encore de se procurer la revue.

« Que serait l’idéologie religieuse (…) si elle ne se basait pas sur des lieux et leur nom : l’église, le confessionnal, l’autel ? L’Idéologie chrétienne a créé des espaces qui assurent sa durée ». Lire la suite

Une visite à la Saddleback Church

entrée

De passage à Los Angeles à l’occasion d’une conférence de géographie, j’en ai profité pour me rendre à la Saddleback Church (dans le Orange County), Église du pasteur Rick Warren, figure majeure du monde évangélique américain. C’est lui qui se chargea de la prière d’investiture du président Obama lors de son premier mandat. Par ailleurs, ma visite fut motivée par la lecture passionnante de l’ouvrage du géographe Justin Wilford: Sacred Subdivisions: The Postsuburban Transformation of American Evangelicalism. Il s’agit d’un travail ethnographique et géographique sur la Saddleback Church. L’auteur montre notamment comment l’Église répond au défi du gigantisme par la mise en place des « groupes de maisons ». Ces groupes d’une douzaine de personnes  – dont la Saddleback Church n’a pas l’exclusivité – constituent la colonne vertébrale de l’Église, car elle permet à la fois de retrouver l’intimité et le sens de l’Église primitive, tout en assurant une formation spirituelle adaptée à chacun et chacune. Il rappelle également que l’analyse d’une institution religieuse doit se faire en tenant compte de son environnement socio-spatial. Ainsi, la réussite de la Saddleback Church vient du fait que Rick Warren a compris les dynamiques urbaines contemporaines et les enjeux socio-religieux qu’elles recouvrent. Lire la suite

"L’Église et la ville. Le diocèse de Lyon à l’épreuve de l’urbanisation (1954-1975)", Olivier Chatelan

Chatelan

Dans le second volume de ses Études de sociologie religieuse, Gabriel Le Bras – un des pères de la sociologie religieuse en France (Willaime et Hervieu-Léger, 2001) – écrivait ces lignes restées fameuses : « Et enfin, je dirai en troisième lieu que l’attraction des villes a une influence ruineuse sur la religion des ruraux (…) Je suis pour ma part convaincu que, sur cent ruraux qui s’établissent à Paris, il y en a à peu près quatre-vingt-dix qui, au sortir de  la gare Montparnasse cessent d’être des pratiquants » (Le Bras, 1956 : 480).

Gabriel Le Bras mettait ainsi en avant le lien entre la sécularisation de la société française et l’urbanisation croissante du territoire. Un tel propos souligne combien la ville industrielle a constitué un défi pour le catholicisme, contraint de s’ajuster à des réalités inédites, et à des changements rapides. L’ouvrage d’Olivier Chatelan interroge avec précision l’attitude des responsables catholiques lyonnais entre les années 1950 et 1970, une période au cours de laquelle les métropoles françaises ont connu des mutations décisives : pensons seulement à la construction des grands ensembles ou encore à la politique des "villes nouvelles". Lire la suite

Disparition de T. L. Osborn: la fin d’une époque

Le décès de Tommy Lee Osborn le 14 février dernier n’a certes pas été relayé par les médias, mais il s’agissait pourtant d’un événement important pour l’univers pentecôtiste et charismatique.

Non seulement, T. L. Osborn fut un infatigable voyageur et un écrivain prolifique mais surtout, sa disparition marque symboliquement la fin d’une époque, celle qui vit le succès des ministères indépendants de guérison, marqués par des figures comme Osborn, William Branham, Oral Roberts ou encore Tommy Hicks. Ce sont ces mêmes évangélistes qui, par leurs nombreux voyages, diffusèrent mondialement les contenus charismatiques et ce, bien avant que n’apparaisse internet. Par ailleurs, une figure comme Osborn fut une source d’inspiration importante pour nombre de Ministères développés dans le seconde moitié du 20ème siècle. Par exemple, comme le rappelle Allan Anderson dans An introduction to Pentecostalism (Cambridge University Press, 2004), le "Word of Faith movement" (proche de la théologie de la prospérité sans en être identique) de Kenneth Hagin vient constamment puiser dans les enseignements de Osborn. Autant dire que, si Osborn n’est plus, son esprit et son œuvre demeurent bien vivants.

Lire la suite

Dans 20 minutes

20minutes

Le journal 20 minutes consacrait dans son édition du 11 février 2013 une pleine page (le lien ouvre sur la page disponible sur le blog de Sébastien Fath) aux Églises évangéliques de région parisienne à la recherche de locaux. L’article se penche notamment sur le site de La Briche à Saint-Denis auquel le journal La Croix avait consacré un article il y a de cela quelques mois. J’y ai d’ailleurs passé pas mal de temps au cours de ma thèse. Rappelons qu’il existe également en Plaine-Saint-Denis les espaces Eurosites qui louent tous les week-ends des salles pour des Églises. Si l’on peut regretter que des Églises soient obligées de louer de tels locaux, ils remplissent néanmoins une fonction de "soupape de sécurité" dans un contexte de raréfaction des opportunités foncières pour les groupes religieux.

Trois remarques rapides:

- Si l’accent est mis sur la croissance des Églises (le fameux chiffre d’une Église créée tous les 10 jours donné par le CNEF), on ne parle jamais des Églises qui disparaissent et de celles qui se scindent donnant naissance à deux ou trois Églises. Bref, la "scissiparité protestante" en acte. L’approche de l’"écologie religieuse" développée en milieu états-unien serait ici tout à fait intéressante. N’oublions pas qu’une Église est avant tout une organisation et, qu’à ce titre, elle est susceptible de disparaître.

- Question qui fâche: n’y a-t-il tout simplement pas trop d’Églises ce qui conduit à une situation de saturation? En disant cela, je ne nie absolument pas le fait que trouver des locaux est souvent un véritable parcours du combattant. Toujours est-il qu’une telle question permet de s’interroger sur le rôle des "entrepreneurs religieux" dans ce fourmillement d’Églises parfois minuscules.

- la remarque du pasteur Watto, responsable de l’Entente et Coordination des Oeuvres Chrétiennes, est très juste. Je l’avais d’ailleurs souligné dans ma thèse: pour les pasteurs, entrer dans une organisation ou une fédération est souvent un choix pragmatique dicté par des contraintes externes. Il est plus aisé de traiter avec des banques et des municipalités quand une organisation est en arrière plan. Ceci souligne parfaitement le mode de gestion du fait religieux en France: le système des "cultes reconnus" passe par des institutions, de sorte qu’une pratique religieuse légitime se doit d’être institutionnellement située.

Rions un peu…

Les Annales de Géographie, revue fondée par Paul Vidal de la Blache en 1891, viennent de publier des articles issus d’un colloque qui s’était tenu en 2008 à l’université d’Arras. Pour l’anecdote, ce fut ma première expérience de communication scientifique ("Où est Dieu dans le terrain?").

Le colloque fut l’occasion pour Hervé Regnauld, professeur de géographie à l’Université de Rennes 2, de réaliser des dessins, directement inspirés par les présentations. Comme il l’explique lui-même dès les premières lignes d’un article dans le numéro des Annales: "Les dessins de ce Carnet de Colloque renvoient à une attitude habituelle pour moi durant un colloque : une écoute alternativement attentive et flottante". On appréciera la référence à l’"attention flottante" développée par Freud et récemment moquée par le  toujours très mesuré Michel Onfray dans sa biographie du père de la psychanalyse.

Voici le dessin que ma présentation inspira à Hervé Regnauld:

http://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=AG/AG_687/AG_687_0462/AG_687_art02_img008.jpg