La Commission des droits de la personne et les lieux de culte

Voici un texte qui a été publié sur le site du Huffington Post Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a rendu public en janvier 2014 un avis important qui porte sur "les règlements de zonage relatifs aux lieux de culte dans l’arrondissement de Montréal-Nord" (l’avis en question est disponible sur le site de la Commission).

Il est expliqué dès l’introduction du document : « le Conseil des leaders religieux de Montréal-Nord formule une demande à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse d’examiner la conformité à la Charte des droits et libertés de la personne des modifications règlementaires suivantes : les modifications apportées au Règlement de zonage en lien avec l’usage des lieux de culte et le remplacement du Règlement relatif aux usages conditionnels ». Lire la suite

"Heaven is for real": une géographie de l’au-delà

L’actualité cinéma de ces derniers jours m’offre l’occasion de reprendre un brouillon qui date de près de 3 ans. En octobre 2011, les pages littérature du Globe and Mail (quotidien canadien anglophone) indiquaient que l’ouvrage Heaven is for Real caracolait en tête des ventes dans la catégorie "non fiction" depuis 6 mois. Vendredi dernier, l’adaptation au cinéma de cet ouvrage a été pour lui l’occasion de retrouver le haut du classement (voir la page du New York Times): le New-York Times indique que cela fait 111 semaines que le livre occupe les plus sommets!

Le film est sorti vendredi dernier (voir la bande annonce en anglais ci après) sur le territoire américain. De passage à Montpelier, capitale du Vermont, j’ai pu constater que le cinéma local en faisait une large publicité. Le synopsis, qui s’appuie sur une histoire "vraie", est tout simple: au cours d’une opération chirurgicale, Colton, un jeune garçon de 4 ans, fait ce que l’on qualifie généralement d’"expérience de mort imminente". À son réveil, il raconte à ses parents (son père est pasteur, détail qui a son importance) ce qu’il a vu. Or, son récit comporte des éléments troublants: il est parle avec précision de son grand père décédé 30 ans avant sa naissance, de la fausse couche de sa mère, sait ce que ses parents étaient en train de faire au cours de son opération. Pour ses parents, cela ne fait aucun doute, Colton a visité le paradis et il partage son expérience avec son entourage.

 

Les évangéliques et les municipales

Des sites internet d’information comme Actuchretienne et des blogs de chercheurs comme celui de l’historien et sociologue Sébastien Fath ont abordé la question du vote évangélique  à l’occasion des élections municipales. Deux remarques à ce propos:

- La question de l’ancrage local: j’avais montré dans mon doctorat la non coïncidence géographique entre la localisation des églises et celles des fidèles, de sorte que le cas évangéliques – notamment en Seine-saint-Denis – illustre parfaitement l’opposition bien connue en sociologie des religions entre la paroisse et la congrégation. Dans un cas, c’est le territoire local qui fonde l’appartenance à la communauté, dans l’autre, ce sont des affinités et des caractéristiques sociales qui la commandent. Dans les enquêtes auprès de fidèles de plusieurs Églises de la Saine-Denis et de communes contigües j’avais été frappé de constater que peu de fidèles résidaient dans la commune du lieu de culte. Ceci est particulièrement vrai pour les communautés qui disposent de peu de marge de manoeuvre pour trouver un local ou qui sont conduites à régulièrement déménager. On comprend aisément que ceci a des conséquences directes sur le vote aux élections municipales: difficile créer un mouvement d’adhésion autour d’un candidat quand les membres de l’assemblée habitent dans une quinzaine de communes de l’île de France.

- Les stratégies pragmatiques: à l’issue de mon travail de terrain (évidemment, il serait bon que je me replonge dans la situation parisienne) j’avais l’impression que les évangéliques adoptaient peu à peu une attitude pragmatique. Ainsi, la pasteure d’une des principales églises de La Courneuve m’avait expliqué que le maire sortant était venu prendre la parole devant l’assemblée au cours de la campagne électorale de 2008. Les autres candidats n’avaient pas eu cette opportunité. Bref, les évangéliques ne se présentent plus seulement comme des croyants qui veulent oeuvrer sur un territoire, mais avant tout comme des électeurs. Et les élus locaux sont généralement sensibles à cet élément. Par ailleurs, un travail de recherche sur le vote évangélique devrait impérativement distinguer le vote de conviction du vote instrumental, calque de la distinction en éthique entre déontologisme et conséquentialisme: si dans le premier, on agit en vertu de principes a priori, détachés du contexte de l’action, dans le second, on s’intéresse d’abord aux conséquences réelles ou potentielles de l’action en cours. Ainsi, pour en revenir à la question du vote, il serait intéressant de voir dans quelle mesure, au cours d’élections locales, les (responsables) évangéliques donnent la priorité à des positionnements idéologiques de parti (sur des questions de société comme l’avortement, le mariage pour tous, la fin de vie, etc…) ou à des bénéfices qu’ils peuvent retirer à court ou moyens termes de l’élection de tel ou tel candidat.

Pour comprendre les mutations du catholicisme québécois

L’Office National du Film québécois propose gratuitement de nombreux documentaires sur des thèmes variés, notamment les faits religieux. Parmi ces documentaires, un certain nombre constituent des témoignages historiques et sociologiques du Catholicisme et de ses mutations dans la seconde moitié du 20ème siècle. Tranquillement, pas vite, un documentaire de 1972, offre une plongée dans un monde en pleine transformation et montre comment les acteurs concernés, les fidèles et les religieux, composent avec les changements rapides auxquels ils font face. Dans une perspective géographique, on sera notamment sensible aux discussions au sein de la "fabrique" de l’avenir de l’église devenue trop grande et trop coûteuse pour les paroissiens.

Voici le synopsis:

Tranquillement, pas vite (1re partie) – Que s’est-il donc passé? retrace la désagrégation et la mutation rapides de la religion catholique au Québec. Des paroissiens se réunissent et discutent de l’avenir de leur église, de sa chapelle et de ses services. Le manque de financement est au centre de la discussion, de même que la place accordée aux rassemblements communautaires payants, telles les parties de bingo, et le nombre croissant de prêtres se retrouvant sans emploi.
Tranquillement, pas vite (2e partie) – Communauté de base présente huit mois d’une expérience originale de reconstruction religieuse : celle de la communauté chrétienne de base, sise à Montréal.

Un documentaire pour découvrir les Amishs

Peut-être certains lecteurs se souviennent du film Witness, dans lequel un jeune garçon, membre d’une communauté Amish de Pennsylvanie, témoin d’un meurtre dans la gare de Philadelphie, doit se cacher, protégé par le flic bienveillant, joué par Harison Ford.

La chaîne de télévision a PBS a produit en 2012 un superbe documentaire que l’on peut visionner gratuitement (ICI) ou acheter pour 2$ sur iTunes. Loin du folklore auquel on associe trop souvent les communautés Amish (les buggies tirés par des chevaux, les chapeaux des hommes et les longues robes des femmes et, plus globalement, le refus de la modernité), le documentaire propose une approche sensible et compréhensive des ces communautés chrétiennes anabaptistes qui, persécutées en Europe, trouvèrent dans l’actuelle Penssylvanie une terre qui leur rappelait celle qu’ils avaient quittée.

La suite du documentaire, Shunned (référence au "shunning", une pratique qui consiste à mettre un individu à l’écart de la communauté), traite de celles et ceux qui ont quitté la communauté. Il sera diffusé le 4 février sur la chaîne PBS.

Un livre rédigé par plusieurs spécialistes accompagne le documentaire. On trouve en français un livre qui introduit parfaitement à ces communautés si particulières: L’énigme Amish.

À lire dans la revue EchoGeo

logoechogeo160Je signale la parution dans la revue EchoGeo d’un entretien que j’ai réalisé avec Glenn Smith, directeur de l’association montréalaise Direction Chrétienne, spécialisée dans la "missiologie urbaine".

Intitulé "De la religion dans les sciences sociales aux sciences sociales dans la religion: l’exemple chrétien", l’entretien est précédé d’un texte introductif qui présente les relations entre les faits religions et les sciences sociales. Le fil directeur de cet entretien est simple et peut être ramené à une question: si les faits religieux constituent des objets à étudier pour les sciences sociales, comment les grandes institutions religieuses se saisissent-ils des travaux des sciences sociales? L’exemple chrétien évangélique, à travers la figure de Glenn Smith et de l’association Direction Chrétienne, montre comment des acteurs religieux utilisent des travaux issus des sciences sociales et les mettent au service de leur travail d’évangélisation.

Quel espace pour la religion dans le monde au XXIème siècle ?

video-xnnq5bL’émission Planète Terre consacrée aux espaces des faits religieux dans le monde, enregistrée le mercredi 18 décembre en compagnie de votre serviteur et du sociologue Olivier Bobineau, est disponible ICI. L’émission peut-être écoutée pendant 3 ans et podcastée pendant 1000 jours.

Dans le cours de l’émission, il a été fait référence à plusieurs éléments:

- la sécularisation: Pour Peter Berger, dans La religion dans la conscience moderne (1971), la sécularisation est l’émergence d’une sphère religieuse distincte des autres sphères comme la politique, l’éducation ou l’économie. Un article de la revue Sciences Humaines explique la notion et les enjeux liés au "retour du religieux".

- la post-sécularisation: la notion a été proposée récemment par le philosophe allemand Jürgen Habermas pour qualifier des sociétés dans lesquelles la place du fait religieux dans l’espace public se trouve redéfini. Vous trouverez ICI un article de Habermas paru dans la revue Le Débat.

- l’erouv, un fil ou tout élément matériel linéaire et continu qui permet de créer un espace privé symbolique au sein de l’espace. La géographe Lucine Endelstein y a consacré un bel article, "L’erouv, une frontière dans la ville?", dans la revue Ethnologie française. Elle y parle de l’erouv dans le cadre d’une analyse des juifs Loubavitch dans le 19ème arrondissement de Paris.

- Enfin, pour en savoir davantage sur mon travail de doctorat portant sur les espaces évangéliques et pentecôtistes en Seine-saint-Denis et à Montréal, ma THÈSE est disponible en ligne.