Grosland Ceux qui connaissent l’humour façon Groland pourraient craindre le pire en voyant le titre de mon post. Et pourtant il n’est pas du tout question d’un prêtre aux moeurs légères, voire douteuses. Vincent Maronnier s’attaque à un sujet très sérieux: le manque de prêtres dans les espaces ruraux et le surcroît de travail reposant sur les épaules des curés qui doivent parcourir des dizaines de kilomètres afin d’assurer la messe dans différentes paroisses.

Plus généralement, la question du redécoupage des paroisses en milieu rural a donné lieu a plusieurs recherches en géographie des religions, notamment par les géographes des universités de l’Ouest (Angers, Le Mans…). Je pense en particulier aux travaux de Jean-René Bertrand et Colette Muller.

Vidéo: “Le curé du Groland

voile intégralImage explicative figurant à la p. 26 du rapport sur “la pratique du port du voile intégral sur le territoire national”.

Vous trouverez sur le site de l’Assemblée Nationale le fameux rapport portant sur le « port du voile intégral » : 658 pages tout de même ! Il y a en fait 250 pages environ de synthèse et le reste reprend le texte intégral des auditions, avec les questions des parlementaires (c’est là où on s’amuse le plus). Le grand champion dans la catégorie « je pose des questions aux personnes auditionnées » est sans nul doute le député-maire de Maison-Laffitte Jacques Myard. Je ne résiste pas à vous mettre quelques courts extraits tirés de l’audition du sociologue Jean Baubérot (il raconte d’ailleurs sur son blog que M. Myard n’avait pas demandé la parole). Nous sommes à la fin de la présentation de celui-ci, M. Myard ouvre le bal : « Monsieur le Professeur, j’ai écouté avec grand intérêt votre leçon magistrale, mais elle me semble à cent lieues d’une certaine réalité (…) Dire que « le contraindre irait à l’encontre du convaincre » est bien gentil, mais ce sont des mots (…) En bref, votre discours est totalement décalé par rapport à la réalité (p. 427 du rapport) ». Les chercheurs en sciences sociales qui s’appuient sur une pratique assidue du « terrain » apprécieront ces remarques.

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Vous trouverez sur le site des cafés géographiques, qui fourmillent d’informations sur la géographie contemporaine, un article de votre serviteur. Ce petit article revient sur la « votation » suisse et sur le rapport de la commission parlementaire relative au « port du voile intégral sur le territoire national. Ce fut l’occasion de revenir sur la question de la présence de l’Islam dans l’espace public français. j’avais déjà eu l’occasion de parler sur ce blog de la relation établie par certains groupes entre islamisation de l’espace et islamisation de la société. Cet article m’a convaincu que cette piste mériterait d’être creusée, de même qu’un travail de “géographie de la laïcité” serait le bienvenu dans le contexte actuel. Si l’on connaît assez bien la laïcité comme mode de régulation du social, on connaît moins bien sa dimension régulatrice de l’espace.

Bonne lecture !

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Le feuilleton se poursuit dans les pages du Devoir puisque l’ « anthropologue, journaliste, universitaire et militant laïque » Daniel Baril répond au manifeste de plusieurs universitaires québécois publié dans les colonnes du même journal une semaine plus tôt (édition du 3 février 2010). Le texte intitulé “Sociologie du vêtement 101” (en référence à la loi 101 dont vous saurez tout en allant sur sa page wikipédia) est court et ne répond pas point par point mais porte sur un élément en particulier : le rôle du vêtement et ses significations. Daniel Baril reproche aux auteurs du manifeste d’avoir occulté cette dimension symbolique du vêtement. Et Baril de citer Barthes qui, dans un style sentant bon les influences de la linguistique (couple signifiant/signifié), souligne dans Histoire et sociologie du vêtement que : «Le signifié principal du vêtement [...], c’est essentiellement le degré d’intégration du porteur par rapport à la société dans laquelle il vit. [En tant que langage, le vêtement] est, au sens plein, un modèle social, une image plus ou moins standardisée de conduites collectives attendues, et c’est essentiellement à ce niveau qu’il est signifiant».

Rien de bien nouveau sous le soleil. Le vêtement dit quelque chose de façon non-verbale. C’est un fait acquis et je pense que les auteurs du manifeste ne l’avaient certainement pas oublié. Le texte de Baril emprunte une pente glissante quand il écrit : « Dans une telle circonstance, quel est le signifié du vêtement religieux? Le langage non verbal du vêtement religieux ou signe distinctif exprime le fait non seulement que la personne est croyante, mais aussi qu’elle professe telle ou telle religion, avec tout son système de valeurs et de croyances, et qu’elle en fait une interprétation fondamentaliste puisqu’elle place son appartenance religieuse au-dessus de sa fonction professionnelle. Le modèle social exprimé n’est pas celui qui est attendu (mis en italique par moi) ». La relation entre vêtement religieux et fondamentalisme ne va pas de soi, de même l’idée que la personne mettrait son appartenance religieuse au-dessus de sa fonction professionnelle. A bientôt, pour un nouvel épisode plus palpitant encore que les aventures de Jack Bauer

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Le 7 février dernier, le sociologue Jean Baubérot a mis en ligne un texte signé par plusieurs universitaires québécois, paru dans le journal Le Devoir (en date du 3 février 2010) dans une version abrégée. La publication de ce manifeste dans un grand quotidien québécois s’inscrit à la suite d’une série d’articles publiés depuis plusieurs semaines. Depuis mon arrivée à Montréal début janvier, il ne se passe pas une semaine sans que ne paraisse une tribune tournant autour des questions de laïcité, multiculturalisme, interculturalisme….

Le 12 janvier dernier, l’historien Gérard Bouchard (le Bouchard de la « commission Bouchard-Taylor » dont le rapport avait été rendu public en mais 2008) répondait à des critiques portant sur un article de… 1999. Dans cet article Gérard Bouchard voulait « attirer l’attention sur les nouvelles conditions d’intégration de la nation québécoise dans un contexte de diversité croissante. Je soulignais la nécessité de respecter cette diversité, mais en la conjuguant avec une appartenance, une solidarité et des symboles communs. Je m’élevais contre une conception monolithique, trop homogène de l’identité nationale ».

Le débat s’est poursuivi dans les colonnes du même journal le 22 janvier avec un texte d’un professeur de sociologie de l’UQAM, Jacques Beauchemin : « Au sujet de l’interculturalisme.
 Accueillir sans renoncer à soi-même ». Pour ce dernier : « le discours social portant sur les rapports intercommunautaires au Québec est obsédé par l’Autre, la diversité et par un vivre-ensemble fait de reconnaissance mutuelle et d’accommodement de la différence. À l’inverse, il se méfie de l’histoire, de la mémoire, de la culture majoritaire et de l’expression d’un « nous » porteur d’une conscience historique ».

A la suite du manifeste du 3 février, un article rédigé de la plume du professeur de philosophie à l’Université de Laval, Michel Seymour, est paru le 9 février sous le titre « Nationalistes ou pluralistes? Faut-il vraiment choisir? ». Les propos de l’auteur posent le doigt sur une des différences fondamentales entre les situations française et québécoise. Nous lisons : « Si le peuple québécois pouvait être reconnu et être en mesure de s’affirmer comme peuple, il pourrait être plus conciliant et ouvert à l’égard du pluralisme. Mais plus les pluralistes refuseront de dénoncer l’intransigeance de l’État canadien face au Québec, plus ils justifieront l’équation que certains nationalistes sont tentés d’établir entre le pluralisme et le refus de reconnaître le Québec ». En effet, la position  du peuple Québécois en tant que minorité dans le Canada, constitue un point de départ important dans la question de la reconnaissance des groupes ethno-religieux. L’idée de Seymour est simple:  si les Québécois étaient mieux reconnus il pourraient à leur tour mieux reconnaître.

Un débat passionnant à suivre de près, tant par les enseignements à en tirer pour la France que pour l’intelligence des réflexions.

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Saluons la naissance d’une nouvelle revue de géographie en ligne : Carnets de géographes dont l’appel à contribution (à télécharger ici) pour son premier numéro a été récemment mis en ligne. Pourquoi une nouvelle revue alors qu’il y en a déjà des dizaines ? Voici le texte signé des trois jeunes géographes de Nanterre à l’origine de cette audacieuse aventure. Longue vie aux Carnets !

“Trois jeunes géographes du laboratoire Gecko de l’Université Paris-Ouest Nanterre la Défense proposent un nouvel espace de publication en géographie. La difficile conciliation de la valorisation des recherches avec les exigences actuelles du monde scientifique (classement AERES, format et style académique, calendrier des revues) a incité à la création d’une nouvelle interface supportant une écriture plus libre, en termes de formats, de sujets et de tons. Pour le géographe-chercheur, la publication doit rester un moment privilégié d’échanges où émergent de nouvelles idées relatives aux dimensions épistémologiques, théoriques et empiriques de la discipline.
L’objectif de la revue consiste avant tout à transmettre de nouvelles problématiques de recherche, à poser des problèmes de méthodes et de terrain, à communiquer la diversité des positionnements novateurs, et non à répondre aux exigences d’une évaluation qui vise à l’homologation, et quelque part à l’homogénéisation des pratiques de recherches. C’est pourquoi la revue s’inscrit dans un mouvement de refus du classement de l’AERES, tel qu’il est conçu aujourd’hui.”

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La livraison du très sérieux et passionnant journal The New-York Review of Books du 17 décembre 2009 proposait un long article intitulé « The Big Muslim Problem ! » L’article consiste en grande partie à un compte rendu du livre du journaliste américain Christopher Caldwell Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam, and the West paru récemment. L’analyse de Malise Ruthven sur cet ouvrage est particulièrement pertinente, notamment sa critique de la manière dont Caldwell ignore superbement la recherche contemporaine sur l’Islam européen. Il y a à la fin de l’article de très bonnes références bibliographiques.

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C’est dans les colonnes du Nouvel Observateur du 17 décembre 2009 (N°2354) que l’on retrouve le sociologue Jean-Paul Willaime s’exprimer sur la situation du Protestantisme en France, autour de thèmes désormais classiques : les évangéliques sont-ils en train de faire basculer le Protestantisme français ? Le Conseil National des Evangéliques de France va-t-il faire de la concurrence à la Fédération Protestante de France ? Et surtout, les églises ethniques ne sont-elles pas source de communautarisme ?

Au cours de l’entretien que vous pouvez télécharger en pdf ici JPW reprend un chiffre entendu de plus en plus fréquemment : il s’ouvrirait une église évangélique tous les 11 jours en France. D’où vient ce chiffre ? Tout laisse à penser qu’il est issu de l’Annuaire évangélique d’abord édité par la Fédération Evangélique de France est désormais placé sous le patronage du CNEF. Cet annuaire propose dans chacune de ces éditions (tous les 2 ans) un cahier central cartographique et statistique très utile pour évaluer rapidement les évolutions de l’univers évangélique français. L’annuaire de 2007 (reprenant les informations de 2006) annonçait ainsi 2146  (métropole et territoires ultramarins) tandis que celui de 2008 annonçait 2220 églises pour l’année 2007. Un calcul rapide donne effectivement une moyenne d’une église créée tous les 11 jours. Mais ce chiffre est valable uniquement pour ce pas de temps. En comparant cette fois-ci les éditions 2005 et 2007 (on passe de 2014 à 2146 églises) on obtient une moyenne d’une église créée tous les 5 jours ! Tout ceci nous rappelle qu’il est nécessaire de replacer les chiffres avancés dans leurs pas de temps respectifs. La création d’une église tous les 11 jours n’est donc pas une information à prendre en compte dans l’absolu ; il est nécessaire de la replacer dans un contexte temporel.

Et les lecteurs attentifs de se demander : si les chiffres avancés sont ceux donnés par le CNEF, les églises apparues dans l’annuaire entre 2007 et 2009, par exemple, sont-elles des églises effectivement créées entre ces deux dates, où s’agit-il d’églises déjà existantes mais prises en compte par les statistiques du CNEF, notamment parce qu’elles seraient devenues membres d’une organisation affiliée au CNEF ? Je penche personnellement vers la seconde option mais cela demanderait vérification auprès de personnalités comme Daniel Liechti, en charge de la réalisation de l’annuaire et de l’appareillage statistique.

Il est nécessaire de rappeler que l’annuaire du CNEF ne prend pas en compte toutes les églises évangéliques et pentecôtistes, en particulier les églises indépendantes néo-pentecôtistes ou les églises africaines transnationales : par exemple, sur Saint-Denis, la Church of Pentecost, La Redeemed Christian Church of God ou la Mountain of Fire and Miracle Ministries, toutes des églises transnationales issues du Ghana ou du Nigéria, n’apparaissent pas dans l’annuaire. Le fait de ne pas inclure certaines églises n’est pas un oubli de la part des auteurs de l’annuaire (même si ces derniers ne connaissent pas toutes les églises, et d’ailleurs, qui les connaît ?) mais répond davantage à la volonté de borner l’univers évangélique tel qu’ils le conçoivent. Cet annuaire n’est donc pas un simple recensement exhaustif, mais davantage l’esquisse de ce qu’est l’évangélisme et le pentecôtisme pour les auteurs. Cet élément nous rappelle qu’entre ce que les évangéliques entendent par le terme “évangélique” et parfois assez différent de la définition du chercheur.

Dernier élément : une église se crée tous les 11 jours….. mais combien disparaissent ? La suite dans la prochaine note. J’ai décidé de faire des effets de teasing…

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La mosquée de Créteil (cliché: FD, janvier 2009)

Parmi le flot de commentaires entendus depuis quelques jours il est une parole à part : celle des chercheurs. Entre les indignations parfois maladroitement formulées et la célébration béate de la démocratie helvétique et de ce peuple qui a su dire « NON » à l’Islamisme, il y a une petite place pour une parole sereine et raisonnée. Même s’il n’est pas évident de démêler l’actualité et les événements sur le vif, le sociologue Jean-Paul Willaime s’est attelé à cette tâche dans une excellente tribune (le lien permet de télécharger le texte en pdf) publiée dans le journal Le Monde (édition du samedi 5 décembre 2009).

Le sociologue, pour l’occasion, se fait géographe puisqu’il revient sur la question de la visibilité de l’Islam dans l’espace public français. Cette tribune m’a fait penser à un article du même JP Willaime, «De l’édifice cultuel au centre religieux plurifonctionnel: les mutations contemporaines des fonctions et représentations du lieu de culte» paru dans un ouvrage collectif, Les lieux de culte en France et en Europe: Statuts, pratiques, fonctions (ouvrage dirigé par Magalie Flores-Lonjou et Francis Messner, paru chez Peeters Publishers en 2007).

Dans sa tribune JP Willaime souligne avec justesse le décalage qu’il existe entre le pluralisme religieux dans la société et le pluralisme religieux sur le plan spatial et architectural. Il fait remarquer que le paysage français est resté chrétien et que la place à accorder aux autres expressions religieuses ne fait pas consensus. On peut penser que ce décalage provient d’une inquiétude de la part d’une partie des citoyens: plus la diversité religieuse s’affirme sur le plan social, plus il apparaît urgent de réaffirmer la place dans l’espace une un modèle religieux largement dépassé.

Les géographes ont pu faire remarquer qu’il y avait constamment un décalage entre les structures de la société et les structures spatiales dans lesquelles les premières s’expriment. Ce décalage provient d’une inertie des formes de l’espace: celle-ci tendant à évoluer plus lentement que les structures sociales. On nomme ainsi “héritage spatial” un objet géographique qui perdure dans le temps alors que la dynamique sociale qui l’a fait naître s’est largement transformée. Dans le champ religieux, le paysage catholique apparaît bien comme un exemple d’héritage spatial puisque la présence géographique de l’Eglise catholique n’a pas grand chose à voir avec la place qu’elle occupe dans la société.

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La mosquée de Créteil (cliché: FD, janvier 2009)

La votation suisse de dimanche dernier a provoqué des remous considérables. Celle-ci portant sur l’autorisation ou non d’édifier des minarets a ainsi mis en évidence que les enjeux à venir portent précisément sur la visibilité des signes islamiques dans les espaces urbains. Cette question de la visibilité de l’Islam a été largement évoquée par les travaux des sociologues francophones travaillant sur les Musulmans en Europe. Je pense tout particulièrement à Jocelyne Césari (je renvoie à un passionnant dossier coordonnée par cette dernière dans le Journal of Ethnic and Migration Studies vol. 31, N° 6, 2005), Nilüfer Göle (par exemple un article paru dans la revue Public Culture : Islam in Public : new visibilities and new imaginaries, 14(1), 2002), Claire de Galembert, Jean Rémy ou encore Felice Dassetto (entre autres, la Construction de l’Islam européen paru à l’Harmattan en 1996). Je cite ces auteurs car tous ont fait du processus de visibilité de l’Islam un élément essentiel. Ce qui est intéressant est qu’ils articulent deux formes de visibilité : une visibilité sociale et une visibilité spatiale. Les deux fonctionnant d’ailleurs de pair. Ils mettent en évidence de quelle manière les débats se sont noués sur ces deux niveaux de la visibilité : certains affirment que l’Islam  peut être parfaitement intégré dans la société française sans être visible physiquement, tandis que d’autres mettent au contraire en évidence la nécessité d’une coïncidence de ces deux niveaux. (more…)

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