Huntingdon, vers un choc des civilisations(1)?

(1) désolé pour le titre, mais la tentation était trop grande de faire un jeu de mot avec le nom de Samuel HUNTINGTON, auteur du fameux Choc des civilisations.

Je vous invite vivement à lire cette chronique parue dans le journal montréalais La Presse, en date du 20 mars 2011: balade à Huntingdon. Comme le montre la carte, pas si bien que cela d’ailleurs, Huntingdon est une petite ville de 2 600 habitants, située à une soixantaine de kilomètres de Montréal (on devine l’île de Montréal dans le coin supérieur droit de la carte).

Une des attractions de Huntingdon est sans conteste son maire, Stéphane Gendron qui s’est fait connaître ces dernières années par des mesures radicales, comme imposer un couvre-feu aux jeunes de la ville. Plus récemment, Gendron a fait parlé de lui en proposant la construction d’une mosquée, de manière à attirer dans sa ville des immigrés. L’information a été relayée par le site rue Frontenac. Stéphane Gendron parle lui-même d’une « opération séduction » qui vise avant tout à endiguer le déclin démographique touchant sa municipalité.

Plusieurs éléments retiennent l’attention :

  • alors que le débat sur la diversité religieuse touche le plu souvent les grandes métropoles, ce dernier s’est récemment déplacé dans des zones démographiquement sinistrées, et à la recherche de nouveaux habitants. Le maire reconnaît que «  La migration autour de la religion est un des modèles qui fonctionnent le mieux ». Et de prendre l’exemple de Rawdon au nord de la métropole montréalaise : « la mise sur pied d’un Conseil interculturel a permis d’attirer des immigrants de 40 nationalités différentes depuis quelques années dans cette municipalité d’à peine 10 000 âmes et située à plus d’une heure de Montréal ». Les politiques mises en place par le gouvernement du Québec de mieux redistribuer les populations immigrantes au sein du territoire québécois pourraient donner lieu dans les années à venir à des travaux sur la diversité religieuse dans les petites villes.
  • L’édification d’une mosquée (et d’autres infrastructures) devient un produit d’appel qui doit permettre à Huntingdon de se positionner dans la concurrence entre les différentes villes du Québec qui veulent attirer des nouvelles populations. Dans le cas présent, on assiste à une étonnante inversion du processus : c’est la communauté musulmane locale qui donne généralement lieu à l’édification légitime d’un lieu de culte. ici, le lieu préexisterait au groupe qui le ferait fonctionner.
  • On peut se demander si l’annonce du maire ne risque pas de produire un effet désastreux auprès de ses habitants. Comme le souligne la chroniqueuse de La Presse, Stéphane Gendron « contribue tout de même (…) à promouvoir  une image stéréotypée du musulman qui réclame sa mosquée et son abattoir halal avant même d’avoir mis les pieds quelque part ». Les commentaires des habitants, sans doute soigneusement sélectionnés, insistent sur le rejet de personnes qui ne sont pas encore là.  On lit ainsi: « C’est quoi l’affaire? Ils décrochent nos croix, mais ils font des mosquées? Est-ce qu’ils vont aller mettre des tapis de prière dans les cabane à sucre? ». Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers de la culture québécoise, voici quelques explications sur la cabane à sucre.

 

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