« Au pays des Eglises invisibles »

Au printemps dernier, j’ai accompagné la journaliste Marie-Claude Malboeuf pour un reportage photos (le lien ouvre l’article dans sa version pdf) sur les lieux de culte évangéliques dans le quartier de Saint-Michel Nord. L’idée du reportage était de montrer visuellement les signes parfois infimes de la présence chrétienne évangélique dans ce quartier de Montréal qui mélange les rues résidentielles, commerciales et davantage industrielles.

Le résultat obtenu sur l’édition papier était particulièrement réussi. La proximité sur une même page de ces lieux (et parfois de petits détails, comme une affichette ou un simple panneau) montrait parfaitement comment les communautés se rendent visibles dans l’espace urbain par une toute une série d’éléments. J’aime tout particulièrement le panneau d’une ancienne église dont le texte est quasiment effacé. Il témoigne parfaitement de la durabilité dans l’espace de certains éléments alors même que les structures sociales les ayant produites ont disparu.

J’apporte une petite précision par rapport aux chiffres qui sont donnés dans l’article concernant les Eglises issues de l’immigration. On compte environ 140 Eglises haïtiennes, 80 Eglises hispanophones, et 40 Eglises africaines (dont une petite trentaines de congolaises). Ces chiffres appellent trois commentaires:

  • Il s’agit d’estimations réalisées à partir de ma propre expérience de terrain et des données recueillies auprès de personnes évoluant dans le milieu chrétien montréalais (notamment l’association Direction Chretienne).
  • La définition même de ce qu’est une Église n’est pas évidente. Dans le cadre de mes recherches j’appelle Église une communauté stable dans le temps qui se réunit de manière régulière dans un lieu de culte. Puisque je travaille sur l’inscription spatiale et les relations avec les municipalités, la dimension institutionnelle de l’Église est importante. Il existe des Églises de maison, c’est à dire des groupes de personnes qui se réunissent généralement chez le pasteur, mais elles sont difficilement quantifiables.
  • Si les appellations « Église haïtienne » ou « Église hispanophone » sont pratiques pour comprendre les dynamiques religieuses, il ne faudrait pas en faire des catégories figées qui viennent « essentialiser » ces communautés. Ainsi, une « Eglise hispanophone » n’est pas une Eglise réservée aux personnes d’origine latino-américaine ou espagnole. D’ailleurs, nombre de communautés hispanophones proposent des service religieux en français ou en anglais. Ce point est important car la tentation est grande de faire des « Eglises ethniques » des espaces propices au communautarisme.
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