Retour sur le drame de Stains dans « Christianisme aujourd’hui »

Le magazine Christianisme aujourd’hui revient dans son dernier numéro sur le drame survenu le dimanche de Pâques dans une communauté évangélique de Stains en banlieue parisienne. Deux personnes y avaient perdu la vie. Ce drame fut l’occasion de mettre en lumière la situation difficile dans laquelle se trouvent de nombreuses Églises évangéliques, notamment dans les banlieues de nos grandes villes, rappelant ainsi que le titre du livre du Père Lhande en 1930, Le Christ dans la banlieue, est d’une brûlante actualité.

Pour ce numéro, j’ai répondu à quelques questions posées par le journal. Elles apparaissent dans une version légèrement modifiée dans ses colonnes.

1. Combien de communautés évangéliques sont selon vous dans une situtation de précarité de locaux?
C’est une question délicate car il faudrait connaître avec certitude le nombre exact des communautés sur le territoire. La précarité spatiale dont je parle concerne avant tout les communautés installées dans les quartiers périphériques des grandes villes, là où il existe des locaux disponibles et dont l’agencement se prête au culte (une grande salle avec des petites salles annexes). A Sains-Denis et dans les territoires limitrophes, j’avais identifié une vingtaine de locaux recevant des Eglises (un même bâtiment accueille parfois plusieurs communautés), et j’estime qu’au moins un tiers de ces locaux ne remplissaient pas tous les critères de sécurité au moment de mes enquêtes. Pour autant, cela ne doit pas conduire à stigmatiser les communautés dont les locaux ne répondent pas forcément à toutes les normes; cette situation doit conduire à ouvrir la discussion avec les municipalités.
2. Qu’entendez-vous pour précarité de locaux?
Cette expression recouvre au moins deux réalités: je parle de « précarité spatiale » quand une communauté est obligée de déménager régulièrement du fait des transformations rapides du cadre bâti (c’est le cas en Plaine-Saint-Denis) ou parce que l’irrégularité des revenus l’oblige à adapter le local à ses capacités de financement. Cette précarité concerne les assemblées les plus jeunes, celles qui n’ont pas encore passé « l’épreuve du temps ».Il y a également « précarité spatiale » quand une communauté occupe un local qui ne répond pas, ou seulement partiellement, aux normes de de sécurité en matière d’accueil du public. Les bâtiments anciens n’ont par exemple pas toujours d’issue de secours ou d’accès pour les personnes handicapées.
3. D’après vous, le problème relève-t-il principalement d’obstacles administratifs dus à une méfiance des mouvements religieux peu connus ou non identifiés ou plutôt d’un problème de manque de locaux?
Le problème a des sources multiples: il existe une forme de méfiance de la part des mairies, et celle-ci peut être justifiée. Le mode de gestion du religieux à la française privilégie les organisations structurées avec des représentants locaux qui viennent parler au nom des communautés locales. L’indépendance suscite en retour une forme de méfiance car elle indique aux yeux des responsables politiques une dérive sectaire potentielle. A ce titre des organisations comme le CNEF et la FPF auront dans les années à venir un rôle déterminant à jouer.
Pour finir sur ce point, je crois que la méfiance témoigne généralement davantage d’une méconnaissance de la complexité de l’univers protestant que d’une hostilité envers les communautés chrétiennes.
 Il y a également un problème de manque de locaux: le développement urbain actuel réfléchit peu à la place du religieux dans la ville, comme si celui-ci appartenait à un âge révolu. Or, c’est le contraire qu’on observe sur le terrain, notamment dans les communes qui accueillent des populations issues de l’immigration.
 Enfin, il ne faut pas négliger la responsabilité des Églises elles-mêmes qui peuvent être tentées de rejeter la responsabilité sur les mairies sans s’interroger sur leur propre attitude et pratiques. Si l’on déplore parfois le manque de formation théologique des pasteurs, il faut également souligner leur manque de formation en matière juridique et leurs difficultés à aborder les pouvoirs locaux. Cette situation évolue actuellement: preuve en est la réflexion amorcée par le département de Missiologie Urbaine de l’Institut Biblique de Nogent sur les questions des relations avec les autorités locales.
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