Réfugiés syriens pris en charge par des Églises: la délicate question des conversions

Le quotidien québécois Le devoir a récemment publié un article intitulé « Réfugiés dans les bras de Dieu » qui pose la question de la prise en charge de réfugiés syriens par des Églises, principalement évangéliques. En effet, à Montréal, nombre de communautés chrétiennes se sont fortement mobilisées pour offrir des services de premières nécessités aux centaines de réfugiés que le Québec accueille depuis la fin de l’année 2015. Or, l’article s’interroge sur la sincérité de cette prise en charge. Pour le dire vite, certaines Églises en feraient le premier pas vers la conversion de ces réfugiés de confession musulmane.Lors de l’entrevue avec la journaliste, cette dernière avait presque l’air choquée – du moins ce fut mon sentiment – par ce travail d’évangélisation (ou de prosélytisme pour prendre un terme négativement connoté). Rappelons que ce que j’appellerais les conversions pragmatiques sont bien connues des sociologues des faits religieux et que la conversion n’est pas toujours motivée par des motifs religieux. En revanche, il serait problématique que des Églises fassent de la conversion la condition sine qua non pour recevoir des services sociaux.

La question est complexe et une réponse mesurée exige plus qu’un seul article de journal. Néanmoins, ce dernier a le mérite de poser les termes du débat et… d’évoquer une recherche sur le rôle des Églises évangéliques dans l’intégration sociale et professionnelle des personnes immigrantes et réfugiées que nous entamons sous peu à L’IRIPI.

 

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La Commission des droits de la personne et les lieux de culte

Voici un texte qui a été publié sur le site du Huffington Post Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a rendu public en janvier 2014 un avis important qui porte sur « les règlements de zonage relatifs aux lieux de culte dans l’arrondissement de Montréal-Nord » (l’avis en question est disponible sur le site de la Commission).

Il est expliqué dès l’introduction du document : « le Conseil des leaders religieux de Montréal-Nord formule une demande à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse d’examiner la conformité à la Charte des droits et libertés de la personne des modifications règlementaires suivantes : les modifications apportées au Règlement de zonage en lien avec l’usage des lieux de culte et le remplacement du Règlement relatif aux usages conditionnels ». Lire la suite

Ma cabane au Canada

ruelle 3J’ai la chance d’habiter Outremont un arrondissement de Montréal qui associe des populations diverses, notamment des juifs hassidiques. Si ce terme ne vous dit rien, un petit tour sur la notice Wikipedia, « hassidisme« , vous renseignera amplement. Il existe également un « que sais-je? »fort bien fait, écrit par Julien Bauer, qui vous permettra d’en savoir davantage. Des juifs hassidiques ont également créé un site internet: outremonthassid.com. Lire la suite

Affaire Lezoka: la suite

Le révérend Mwinda Lesoka et quelques fidèles de... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)Il y a plus de 2 ans j’avais souligné que, lorsqu’il était question des Églises évangéliques dans les médias québécois, c’était le plus souvent à l’occasion de scandales financiers ou de controverses portant sur le non respect des règles d’urbanisme en matière de lieux de culte.

Ces jours-ci, « l’affaire Lezoka » a connu un dénouement provisoire comme l’explique un article du quotidien La Presse paru dans son édition du samedi 6 juillet 2013. Ainsi, « Mwinda Lesoka, pasteur de l’Église évangélique Béthel, et d’autres fidèles viennent d’être condamnés par la Cour supérieure à rembourser le Parc Safari, qui s’est fait soutirer 978 569$ en détournements de fonds entre 2006 et 2008 ».

Une telle affaire, malheureusement un épiphénomène au regard de l’ensemble du monde évangélique québécois, relance une fois de plus la question de l’argent et des dons au sein des assemblées. Elle alimente par ailleurs la construction de la figure du « pasteur escroc »que l’on retrouve largement chez les voisins états-uniens. Celui-ci s’inscrit dans la tradition du « leader charismatique » qui parvient à ses fins en manipulant ses fidèles. Soulignons que l’une des personnes engagées dans cette affaire se défendait en affirmant avoir été « endoctrinée » par le pasteur, ainsi que le souligne l’article de La Presse.

 

Une visite à la Saddleback Church

entrée

De passage à Los Angeles à l’occasion d’une conférence de géographie, j’en ai profité pour me rendre à la Saddleback Church (dans le Orange County), Église du pasteur Rick Warren, figure majeure du monde évangélique américain. C’est lui qui se chargea de la prière d’investiture du président Obama lors de son premier mandat. Par ailleurs, ma visite fut motivée par la lecture passionnante de l’ouvrage du géographe Justin Wilford: Sacred Subdivisions: The Postsuburban Transformation of American Evangelicalism. Il s’agit d’un travail ethnographique et géographique sur la Saddleback Church. L’auteur montre notamment comment l’Église répond au défi du gigantisme par la mise en place des « groupes de maisons ». Ces groupes d’une douzaine de personnes  – dont la Saddleback Church n’a pas l’exclusivité – constituent la colonne vertébrale de l’Église, car elle permet à la fois de retrouver l’intimité et le sens de l’Église primitive, tout en assurant une formation spirituelle adaptée à chacun et chacune. Il rappelle également que l’analyse d’une institution religieuse doit se faire en tenant compte de son environnement socio-spatial. Ainsi, la réussite de la Saddleback Church vient du fait que Rick Warren a compris les dynamiques urbaines contemporaines et les enjeux socio-religieux qu’elles recouvrent. Lire la suite

Disparition de T. L. Osborn: la fin d’une époque

Le décès de Tommy Lee Osborn le 14 février dernier n’a certes pas été relayé par les médias, mais il s’agissait pourtant d’un événement important pour l’univers pentecôtiste et charismatique.

Non seulement, T. L. Osborn fut un infatigable voyageur et un écrivain prolifique mais surtout, sa disparition marque symboliquement la fin d’une époque, celle qui vit le succès des ministères indépendants de guérison, marqués par des figures comme Osborn, William Branham, Oral Roberts ou encore Tommy Hicks. Ce sont ces mêmes évangélistes qui, par leurs nombreux voyages, diffusèrent mondialement les contenus charismatiques et ce, bien avant que n’apparaisse internet. Par ailleurs, une figure comme Osborn fut une source d’inspiration importante pour nombre de Ministères développés dans le seconde moitié du 20ème siècle. Par exemple, comme le rappelle Allan Anderson dans An introduction to Pentecostalism (Cambridge University Press, 2004), le « Word of Faith movement » (proche de la théologie de la prospérité sans en être identique) de Kenneth Hagin vient constamment puiser dans les enseignements de Osborn. Autant dire que, si Osborn n’est plus, son esprit et son œuvre demeurent bien vivants.

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Dans 20 minutes

20minutes

Le journal 20 minutes consacrait dans son édition du 11 février 2013 une pleine page (le lien ouvre sur la page disponible sur le blog de Sébastien Fath) aux Églises évangéliques de région parisienne à la recherche de locaux. L’article se penche notamment sur le site de La Briche à Saint-Denis auquel le journal La Croix avait consacré un article il y a de cela quelques mois. J’y ai d’ailleurs passé pas mal de temps au cours de ma thèse. Rappelons qu’il existe également en Plaine-Saint-Denis les espaces Eurosites qui louent tous les week-ends des salles pour des Églises. Si l’on peut regretter que des Églises soient obligées de louer de tels locaux, ils remplissent néanmoins une fonction de « soupape de sécurité » dans un contexte de raréfaction des opportunités foncières pour les groupes religieux.

Trois remarques rapides:

– Si l’accent est mis sur la croissance des Églises (le fameux chiffre d’une Église créée tous les 10 jours donné par le CNEF), on ne parle jamais des Églises qui disparaissent et de celles qui se scindent donnant naissance à deux ou trois Églises. Bref, la « scissiparité protestante » en acte. L’approche de l' »écologie religieuse » développée en milieu états-unien serait ici tout à fait intéressante. N’oublions pas qu’une Église est avant tout une organisation et, qu’à ce titre, elle est susceptible de disparaître.

– Question qui fâche: n’y a-t-il tout simplement pas trop d’Églises ce qui conduit à une situation de saturation? En disant cela, je ne nie absolument pas le fait que trouver des locaux est souvent un véritable parcours du combattant. Toujours est-il qu’une telle question permet de s’interroger sur le rôle des « entrepreneurs religieux » dans ce fourmillement d’Églises parfois minuscules.

– la remarque du pasteur Watto, responsable de l’Entente et Coordination des Oeuvres Chrétiennes, est très juste. Je l’avais d’ailleurs souligné dans ma thèse: pour les pasteurs, entrer dans une organisation ou une fédération est souvent un choix pragmatique dicté par des contraintes externes. Il est plus aisé de traiter avec des banques et des municipalités quand une organisation est en arrière plan. Ceci souligne parfaitement le mode de gestion du fait religieux en France: le système des « cultes reconnus » passe par des institutions, de sorte qu’une pratique religieuse légitime se doit d’être institutionnellement située.