Dans 20 minutes

20minutes

Le journal 20 minutes consacrait dans son édition du 11 février 2013 une pleine page (le lien ouvre sur la page disponible sur le blog de Sébastien Fath) aux Églises évangéliques de région parisienne à la recherche de locaux. L’article se penche notamment sur le site de La Briche à Saint-Denis auquel le journal La Croix avait consacré un article il y a de cela quelques mois. J’y ai d’ailleurs passé pas mal de temps au cours de ma thèse. Rappelons qu’il existe également en Plaine-Saint-Denis les espaces Eurosites qui louent tous les week-ends des salles pour des Églises. Si l’on peut regretter que des Églises soient obligées de louer de tels locaux, ils remplissent néanmoins une fonction de « soupape de sécurité » dans un contexte de raréfaction des opportunités foncières pour les groupes religieux.

Trois remarques rapides:

– Si l’accent est mis sur la croissance des Églises (le fameux chiffre d’une Église créée tous les 10 jours donné par le CNEF), on ne parle jamais des Églises qui disparaissent et de celles qui se scindent donnant naissance à deux ou trois Églises. Bref, la « scissiparité protestante » en acte. L’approche de l' »écologie religieuse » développée en milieu états-unien serait ici tout à fait intéressante. N’oublions pas qu’une Église est avant tout une organisation et, qu’à ce titre, elle est susceptible de disparaître.

– Question qui fâche: n’y a-t-il tout simplement pas trop d’Églises ce qui conduit à une situation de saturation? En disant cela, je ne nie absolument pas le fait que trouver des locaux est souvent un véritable parcours du combattant. Toujours est-il qu’une telle question permet de s’interroger sur le rôle des « entrepreneurs religieux » dans ce fourmillement d’Églises parfois minuscules.

– la remarque du pasteur Watto, responsable de l’Entente et Coordination des Oeuvres Chrétiennes, est très juste. Je l’avais d’ailleurs souligné dans ma thèse: pour les pasteurs, entrer dans une organisation ou une fédération est souvent un choix pragmatique dicté par des contraintes externes. Il est plus aisé de traiter avec des banques et des municipalités quand une organisation est en arrière plan. Ceci souligne parfaitement le mode de gestion du fait religieux en France: le système des « cultes reconnus » passe par des institutions, de sorte qu’une pratique religieuse légitime se doit d’être institutionnellement située.

Livret statistique du Conseil National des Évangéliques de France

Soucieux de rendre compte de l’évolution du paysage évangélique français, le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) publie ces jours-ci un livret statistique et cartographique. Ce dernier est l’œuvre de Daniel Liechti qui actualise régulièrement ses données compilées depuis maintenant de nombreuses années. Ainsi l’annuaire évangélique publié conjointement par le Réseau FEF et le CNEF comprend traditionnellement un cahier central cartographique et statistique. Durant ma thèse, Daniel Liechti partagea avec moi un savoir incomparable en matière d’évolution du paysage évangélique français.

Ce faisant, le CNEF s’inscrit d’une certaine manière dans la lignée de la sociologie pastorale française: dès les années 1940 le sociologue Gabriel Le Bras proposait ainsi un programme statistique et cartographique ambitieux visant à mieux appréhender la situation du catholicisme français.

Je souligne que ce type de « comptabilité pastorale » n’est pas dénuée d’une portée missionnaire. Le livret possède ainsi une fonction externe (faire connaître aux autorités et au grand public les réalités évangéliques contemporaines) et interne (la dynamique positive permet de mobiliser les troupes et rendre compte des fruits issus des efforts communs. Lire la suite

Charisma ou « le Christ dans la banlieue »

ci-contre: des fidèles attendent le début du culte  devant le lieu de culte de Charisma (oct. 2007).

Comme l’a fait remarquer Sébastien Fath sur son blog, Bernadette Sauvaget, journaliste à Libération, anciennement à Réforme, a offert un long et passionnant article dans les colonnes de Libé. Un tel article ne surprend plus tant les Églises évangéliques et pentecôtistes font l’objet de nombreuses publications dans les quotidiens et les hebdomadaires : par exemple, le journal Le Monde avait proposé un compte rendu de la « Marche pour Jésus » en 2008 (édition du 24 mai) et avait également exploré les salles Eurosites en Seine-saint-Denis (dans deux articles, en 2001 et 2005) où chaque week-end plusieurs Églises louent des salles pour tenir leur culte. Il faut dire que les Evangéliques sont de « bons clients » (je me permets l’expression puisqu’il s’agit d’un blog) tant il est facile de frapper l’imaginaire du lecteur avec des récits de « guérison », des séances de « délivrance », et des photographies de personnes levant les bras au ciel. Par ailleurs, à une époque où le Christianisme est fréquemment présenté comme moribond, les Evangéliques constituent une sorte d’énigme propre à piquer la curiosité du public.

Dans l’article de Libération, Bernadette Sauvaget ne tombe pas dans le travers du sensationnel à tout prix, alors même que le sujet n’est pas évident : Charisma a acquis une forte notoriété, du fait de sa taille et de sa croissance ;  il est d’autant plus difficile d’en offrir un regard mesuré et équilibré. Lire la suite

chose vue: le patrimoine religieux pour tous…

Voici plusieurs semaines que je m’intéresse à l’affichage du Plateau-Mont-Royal, quartier où je réside. La photographie ci-dessus (elle peut être agrandie en cliquant simplement dessus) a été prise le dimanche 12 février sur l’avenue du Mont-Royal. L’affiche aborde de front la question de la gestion du patrimoine religieux catholique montréalais dont j’ai eu l’occasion de parler dans des articles précédents. Pour rappel, Montréal possède un patrimoine religieux auquel la société québécoise essaie de trouver de nouvelles fonctions puisque le nombre et la taille des édifices ne correspondent plus aux réalités de la pratique religieuse.

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