« Heaven is for real »: une géographie de l’au-delà

L’actualité cinéma de ces derniers jours m’offre l’occasion de reprendre un brouillon qui date de près de 3 ans. En octobre 2011, les pages littérature du Globe and Mail (quotidien canadien anglophone) indiquaient que l’ouvrage Heaven is for Real caracolait en tête des ventes dans la catégorie « non fiction » depuis 6 mois. Vendredi dernier, l’adaptation au cinéma de cet ouvrage a été pour lui l’occasion de retrouver le haut du classement (voir la page du New York Times): le New-York Times indique que cela fait 111 semaines que le livre occupe les plus sommets!

Le film est sorti vendredi dernier (voir la bande annonce en anglais ci après) sur le territoire américain. De passage à Montpelier, capitale du Vermont, j’ai pu constater que le cinéma local en faisait une large publicité. Le synopsis, qui s’appuie sur une histoire « vraie », est tout simple: au cours d’une opération chirurgicale, Colton, un jeune garçon de 4 ans, fait ce que l’on qualifie généralement d' »expérience de mort imminente ». À son réveil, il raconte à ses parents (son père est pasteur, détail qui a son importance) ce qu’il a vu. Or, son récit comporte des éléments troublants: il est parle avec précision de son grand père décédé 30 ans avant sa naissance, de la fausse couche de sa mère, sait ce que ses parents étaient en train de faire au cours de son opération. Pour ses parents, cela ne fait aucun doute, Colton a visité le paradis et il partage son expérience avec son entourage.

 

On parle de géographie et de religions sur France Culture

image_104_imageOn parlera de géographie et de religions sur France Culture, en compagnie de votre serviteur, le mercredi 18 décembre, dans le cadre de l’excellente émission Planète Terre, la grand messe de tous les géographes.

C’est à écouter en direct entre 14h00 et 15h00. L’émission peut aussi être podcastée et écoutée en toute liberté de conscience.

Lyon, terrain d’une concurrence entre Protestants?

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ci contre: trois photos d’Églises évangéliques lyonnaises.

Un article publié dans la Tribune de Lyon est l’occasion pour moi de rappeler que mon mémoire de Master 2, Dimension et inscription spatiale des Églises évangéliques et pentecôtistes. L’exemple lyonnais, portant sur les dimensions spatiales des Églises évangéliques lyonnaises est disponible en ligne.

L’article en question est passablement mauvais. D’abord, le titre: « Lyon. La concurrence entre protestants et évangéliques » » Il se trouve que les évangéliques sont également protestants. S’il y a concurrence elle se fait donc entre des sensibilités différentes au sein du monde protestant qui, il est vrai, est passablement éclaté. En revanche, lors d’entretiens avec des pasteurs ADD d’autres congrégations lyonnaises, il m’a semblé percevoir un peu d’agacement dans leurs propos face à la « politique spatiale » de Michel Chiner. Lire la suite

Ma cabane au Canada

ruelle 3J’ai la chance d’habiter Outremont un arrondissement de Montréal qui associe des populations diverses, notamment des juifs hassidiques. Si ce terme ne vous dit rien, un petit tour sur la notice Wikipedia, « hassidisme« , vous renseignera amplement. Il existe également un « que sais-je? »fort bien fait, écrit par Julien Bauer, qui vous permettra d’en savoir davantage. Des juifs hassidiques ont également créé un site internet: outremonthassid.com. Lire la suite

Trappes, un regard du Québec

Je vous invite à découvrir un récent éditorial paru dans le quotidien québécois La Presse. Son auteur, André Pratte, revient sur l’affaire de Trappes, et en profite pour égratigner au passage le « modèle » français de laïcité. Le journaliste le fait d’autant plus facilement que, du côté français, on ne se gêne pas pour critiquer le « multiculturalisme » canadien et les « accommodements raisonnables » québécois, en ignorant généralement de quoi il s’agit.

Mais il ne faut pas s’y tromper, traiter de la France est l’occasion pour l’auteur de parler de la question de la gestion de la diversité religieuse dans l’espace public québécois. En effet, si la laïcité n’est pas inscrite dans la Constitution, elle constitue néanmoins au Québec une valeur fréquemment mobilisée et invoquée. Lors des dernières élections provinciales qui ont vu la victoire du Parti Québécois, un projet de « Charte de la laïcité » (l’éditorial y fait d’ailleurs référence) avait même été évoqué par l’actuel parti au pouvoir. Par ailleurs, ce débat est régulièrement réactivé à l’occasion d’affaires dont l’ampleur médiatique est souvent disproportionnée. Par exemple, au printemps 2013, la fédération de soccer du Québec a interdit à de jeunes sikhs de pratiquer leur sport favori s’ils portaient le turban traditionnel. Le même débat avait eu lieu avec le foulard islamique.

Pour en savoir plus sur la question de la laïcité au Québec je recommande deux ouvrages:

– Jean Baubérot, 2008, Une laïcité interculturelle. Le Québec, avenir de la France?, Éditions de l’Aube.

– Jocelyn MacLure et Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience, Éditions Boréal, 2010. L’ouvrage est publié en France par les éditions La Découverte.

Disparition de T. L. Osborn: la fin d’une époque

Le décès de Tommy Lee Osborn le 14 février dernier n’a certes pas été relayé par les médias, mais il s’agissait pourtant d’un événement important pour l’univers pentecôtiste et charismatique.

Non seulement, T. L. Osborn fut un infatigable voyageur et un écrivain prolifique mais surtout, sa disparition marque symboliquement la fin d’une époque, celle qui vit le succès des ministères indépendants de guérison, marqués par des figures comme Osborn, William Branham, Oral Roberts ou encore Tommy Hicks. Ce sont ces mêmes évangélistes qui, par leurs nombreux voyages, diffusèrent mondialement les contenus charismatiques et ce, bien avant que n’apparaisse internet. Par ailleurs, une figure comme Osborn fut une source d’inspiration importante pour nombre de Ministères développés dans le seconde moitié du 20ème siècle. Par exemple, comme le rappelle Allan Anderson dans An introduction to Pentecostalism (Cambridge University Press, 2004), le « Word of Faith movement » (proche de la théologie de la prospérité sans en être identique) de Kenneth Hagin vient constamment puiser dans les enseignements de Osborn. Autant dire que, si Osborn n’est plus, son esprit et son œuvre demeurent bien vivants.

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Livret statistique du Conseil National des Évangéliques de France

Soucieux de rendre compte de l’évolution du paysage évangélique français, le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) publie ces jours-ci un livret statistique et cartographique. Ce dernier est l’œuvre de Daniel Liechti qui actualise régulièrement ses données compilées depuis maintenant de nombreuses années. Ainsi l’annuaire évangélique publié conjointement par le Réseau FEF et le CNEF comprend traditionnellement un cahier central cartographique et statistique. Durant ma thèse, Daniel Liechti partagea avec moi un savoir incomparable en matière d’évolution du paysage évangélique français.

Ce faisant, le CNEF s’inscrit d’une certaine manière dans la lignée de la sociologie pastorale française: dès les années 1940 le sociologue Gabriel Le Bras proposait ainsi un programme statistique et cartographique ambitieux visant à mieux appréhender la situation du catholicisme français.

Je souligne que ce type de « comptabilité pastorale » n’est pas dénuée d’une portée missionnaire. Le livret possède ainsi une fonction externe (faire connaître aux autorités et au grand public les réalités évangéliques contemporaines) et interne (la dynamique positive permet de mobiliser les troupes et rendre compte des fruits issus des efforts communs. Lire la suite

L’Apocalypse et le géographe

Les amateurs de science-fiction savent que l’un des thèmes favoris de ce genre littéraire est la destruction de l’humanité et de la Terre. Nombre de romans sont ainsi des récits apocalyptiques qui mettent en scène les différentes phases de la destruction finale. Le terme d' »Apocalypse » semble adéquat dans la mesure où le texte biblique constitue la référence centrale de la plupart des romans de science fiction occidentaux. Ainsi, derrière des récits apparemment peu sérieux, peuvent se cacher de véritables « méditations métaphysiques » sur la condition humaine au moment où sa disparition devient une hypothèse envisageable.

Dans son dernier ouvrage, Le syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse, le géographe Alain Musset analyse avec minutie les romans, films et jeux videos qui mettent en scène la fin du monde. Il écrit en introduction: « Même si la proposition est en apparence ludique, analyser les discours  sur l’apocalypse, en particulier dans les récits de science-fiction, permet de mieux comprendre les dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux qu’ils révèlent dans un monde perçu comme toujours plus vulnérable malgré (ou à cause) son développement technologique » (p. 23). Alain Musset s’était déjà essayé à  ce type d’exercice dans De New-York à Coruscant. Essai de géofiction, ouvrage dans lequel il montrait en quoi la capitale de l’Empire intergalactique dans la saga Star Wars nous renseignait sur notre propre condition urbaine.

Vous pouvez entendre Alain Musset parler de son livre dans l’émission de géographie Planète terre, sur France Culture.

Et pour ceux qui veulent croiser science-fiction et monde évangélique je recommande chaudement la saga Left Behind qui comprend une quinzaine de romans. Il s’agit d’une mise en récit de l’Apocalypse, avec la lutte de la « Tribulation force » contre l’Antéchrist, l’inquiétant Nicolae Carpatia. Plus que de science-fiction on peut parler de véritable « fiction prophétique ». Le génie des deux auteurs de cette saga est de faire d’un exposé de la théologie dispentionaliste des ouvrages de fiction pour le grand public.

On parle des lieux de culte montréalais au Centre Canadien d’Architecture

La graphiste Audrey Wells invite Frédéric Dejean, docteur en études urbaines, à discuter de la place qu’occupent les lieux de culte dans la vie collective des quartiers. Wells a participé à ABC : MTL, une plateforme ouverte présentée au CCA (1920, rue Baile, métro Guy-Concordia), qui cartographie le Montréal contemporain de façons multiples et à l’aide de différentes techniques. Ses illustrations architecturales révèlent la stratification complexe de Parc-Extension, l’un des quartiers qui comptent la plus forte diversité ethnique du Canada.

Information sur l’événement :
22 novembre 2012, 17 h 00 – 18 h 00
Salles principales
Entrée libre

Voir l’annonce sur le site du CCA

Charisma ou « le Christ dans la banlieue »

ci-contre: des fidèles attendent le début du culte  devant le lieu de culte de Charisma (oct. 2007).

Comme l’a fait remarquer Sébastien Fath sur son blog, Bernadette Sauvaget, journaliste à Libération, anciennement à Réforme, a offert un long et passionnant article dans les colonnes de Libé. Un tel article ne surprend plus tant les Églises évangéliques et pentecôtistes font l’objet de nombreuses publications dans les quotidiens et les hebdomadaires : par exemple, le journal Le Monde avait proposé un compte rendu de la « Marche pour Jésus » en 2008 (édition du 24 mai) et avait également exploré les salles Eurosites en Seine-saint-Denis (dans deux articles, en 2001 et 2005) où chaque week-end plusieurs Églises louent des salles pour tenir leur culte. Il faut dire que les Evangéliques sont de « bons clients » (je me permets l’expression puisqu’il s’agit d’un blog) tant il est facile de frapper l’imaginaire du lecteur avec des récits de « guérison », des séances de « délivrance », et des photographies de personnes levant les bras au ciel. Par ailleurs, à une époque où le Christianisme est fréquemment présenté comme moribond, les Evangéliques constituent une sorte d’énigme propre à piquer la curiosité du public.

Dans l’article de Libération, Bernadette Sauvaget ne tombe pas dans le travers du sensationnel à tout prix, alors même que le sujet n’est pas évident : Charisma a acquis une forte notoriété, du fait de sa taille et de sa croissance ;  il est d’autant plus difficile d’en offrir un regard mesuré et équilibré. Lire la suite