Livret statistique du Conseil National des Évangéliques de France

Soucieux de rendre compte de l’évolution du paysage évangélique français, le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) publie ces jours-ci un livret statistique et cartographique. Ce dernier est l’œuvre de Daniel Liechti qui actualise régulièrement ses données compilées depuis maintenant de nombreuses années. Ainsi l’annuaire évangélique publié conjointement par le Réseau FEF et le CNEF comprend traditionnellement un cahier central cartographique et statistique. Durant ma thèse, Daniel Liechti partagea avec moi un savoir incomparable en matière d’évolution du paysage évangélique français.

Ce faisant, le CNEF s’inscrit d’une certaine manière dans la lignée de la sociologie pastorale française: dès les années 1940 le sociologue Gabriel Le Bras proposait ainsi un programme statistique et cartographique ambitieux visant à mieux appréhender la situation du catholicisme français.

Je souligne que ce type de « comptabilité pastorale » n’est pas dénuée d’une portée missionnaire. Le livret possède ainsi une fonction externe (faire connaître aux autorités et au grand public les réalités évangéliques contemporaines) et interne (la dynamique positive permet de mobiliser les troupes et rendre compte des fruits issus des efforts communs. Lire la suite

L’Apocalypse et le géographe

Les amateurs de science-fiction savent que l’un des thèmes favoris de ce genre littéraire est la destruction de l’humanité et de la Terre. Nombre de romans sont ainsi des récits apocalyptiques qui mettent en scène les différentes phases de la destruction finale. Le terme d' »Apocalypse » semble adéquat dans la mesure où le texte biblique constitue la référence centrale de la plupart des romans de science fiction occidentaux. Ainsi, derrière des récits apparemment peu sérieux, peuvent se cacher de véritables « méditations métaphysiques » sur la condition humaine au moment où sa disparition devient une hypothèse envisageable.

Dans son dernier ouvrage, Le syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse, le géographe Alain Musset analyse avec minutie les romans, films et jeux videos qui mettent en scène la fin du monde. Il écrit en introduction: « Même si la proposition est en apparence ludique, analyser les discours  sur l’apocalypse, en particulier dans les récits de science-fiction, permet de mieux comprendre les dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux qu’ils révèlent dans un monde perçu comme toujours plus vulnérable malgré (ou à cause) son développement technologique » (p. 23). Alain Musset s’était déjà essayé à  ce type d’exercice dans De New-York à Coruscant. Essai de géofiction, ouvrage dans lequel il montrait en quoi la capitale de l’Empire intergalactique dans la saga Star Wars nous renseignait sur notre propre condition urbaine.

Vous pouvez entendre Alain Musset parler de son livre dans l’émission de géographie Planète terre, sur France Culture.

Et pour ceux qui veulent croiser science-fiction et monde évangélique je recommande chaudement la saga Left Behind qui comprend une quinzaine de romans. Il s’agit d’une mise en récit de l’Apocalypse, avec la lutte de la « Tribulation force » contre l’Antéchrist, l’inquiétant Nicolae Carpatia. Plus que de science-fiction on peut parler de véritable « fiction prophétique ». Le génie des deux auteurs de cette saga est de faire d’un exposé de la théologie dispentionaliste des ouvrages de fiction pour le grand public.

On parle des lieux de culte montréalais au Centre Canadien d’Architecture

La graphiste Audrey Wells invite Frédéric Dejean, docteur en études urbaines, à discuter de la place qu’occupent les lieux de culte dans la vie collective des quartiers. Wells a participé à ABC : MTL, une plateforme ouverte présentée au CCA (1920, rue Baile, métro Guy-Concordia), qui cartographie le Montréal contemporain de façons multiples et à l’aide de différentes techniques. Ses illustrations architecturales révèlent la stratification complexe de Parc-Extension, l’un des quartiers qui comptent la plus forte diversité ethnique du Canada.

Information sur l’événement :
22 novembre 2012, 17 h 00 – 18 h 00
Salles principales
Entrée libre

Voir l’annonce sur le site du CCA

Charisma ou « le Christ dans la banlieue »

ci-contre: des fidèles attendent le début du culte  devant le lieu de culte de Charisma (oct. 2007).

Comme l’a fait remarquer Sébastien Fath sur son blog, Bernadette Sauvaget, journaliste à Libération, anciennement à Réforme, a offert un long et passionnant article dans les colonnes de Libé. Un tel article ne surprend plus tant les Églises évangéliques et pentecôtistes font l’objet de nombreuses publications dans les quotidiens et les hebdomadaires : par exemple, le journal Le Monde avait proposé un compte rendu de la « Marche pour Jésus » en 2008 (édition du 24 mai) et avait également exploré les salles Eurosites en Seine-saint-Denis (dans deux articles, en 2001 et 2005) où chaque week-end plusieurs Églises louent des salles pour tenir leur culte. Il faut dire que les Evangéliques sont de « bons clients » (je me permets l’expression puisqu’il s’agit d’un blog) tant il est facile de frapper l’imaginaire du lecteur avec des récits de « guérison », des séances de « délivrance », et des photographies de personnes levant les bras au ciel. Par ailleurs, à une époque où le Christianisme est fréquemment présenté comme moribond, les Evangéliques constituent une sorte d’énigme propre à piquer la curiosité du public.

Dans l’article de Libération, Bernadette Sauvaget ne tombe pas dans le travers du sensationnel à tout prix, alors même que le sujet n’est pas évident : Charisma a acquis une forte notoriété, du fait de sa taille et de sa croissance ;  il est d’autant plus difficile d’en offrir un regard mesuré et équilibré. Lire la suite

Dimanche de Pâques endeuillé dans une communauté évangélique de Stains

ci-contre: l’entrée d’une Eglise de Plaine Saint-Denis (cliché: FD, juin 2008).

Dimanche 8 avril, ce qui devait être un culte de fête à l’occasion de Pâques, s’est transformé en drame quand le plancher du bâtiment qui accueillait une communauté évangélique s’est effondré sous le poids des fidèles réunis. J’espère que ce terrible accident va permettre d’aborder de front la question de l’accès à l’espace des communautés religieuses. Celle-ci est ancienne: en 2000,  le Haut Conseil à l’intégration soulignait le différentiel de traitement de fait entre les groupes religieux historiques et les communautés d’implantation récente. En 2006, le « rapport Machelon » allait dans le même sens: « Mais que penser cependant du principe selon lequel la « République respecte toutes les croyances » dès lors que les fidèles des deux confessions en expansion récente sur l’ensemble du territoire, l’Islam et le Christianisme évangélique, rencontrent de réelles difficultés pour pratiquer leur culte ».

A ma connaissance, le « rapport Machelon » fut le premier texte issu d’une commission officielle, dans lequel le regard ne portait pas uniquement sur l’Islam, mais prêtait attention à d’autres formes d’expressions religieuses, en particulier les évangéliques et les pentecôtistes. En 2012, on peut se demander si une certaine focalisation – malheureusement pas forcément pour les bonnes raisons – sur la seule religion musulmane n’a pas fait oublié que le paysage religieux français s’est métamorphosé en quelques décennies, et que les formes spatiales qu’il prend ont beaucoup évolué, en particulier dans les grandes métropoles. Lire la suite

Quand le rock montréalais « parle en langues »

Voici un clin d’oeil à un post récent de Sébastien Fath sur son blog: « Histoire sociale du Rock, un séminaire à ne pas manquer ». Arcade Fire, groupe phare de la scène rock montréalaise, a sorti en 2010 un excellent album intitulé « The Suburbs » (« les banlieues »), réalité géographique qui incarne le mieux les paradoxes de la société nord-américaine, peu à peu rongée par l' »étalement urbain ». Dans l’édition deluxe de l’album, on trouve une chanson au titre étonnant: « speaking in tongues » (« parler en langues »).

Une telle référence à un élément central de la théologie pentecôtiste ne doit pas nous étonner dans la mesure où Win Butler, leader du group, fut étudiant en études religieuses à la prestigieuse université McGill à Montréal. La chanson serait ainsi une réminiscence universitaire. Si le rock chrétien s’empare fréquemment des codes du rock traditionnel, nous voyons que l’inverse peut être vrai.

La foi en mouvement: un rapport du Pew Forum

Le Pew forum, un centre de recherche américain sur la vie religieuse, a mis en ligne il y a quelques jours un rapport d’une centaine de pages portant sur l’affiliation religieuse des migrants internationaux. Le site offre un ensemble de cartes interactives particulièrement utiles et un quizz pour tester ses connaissances. Comme toujours quand il est question d’appartenances religieuses à l’échelle mondiale, les statistiques sont à prendre avec précaution, mais traduisent malgré tout des tendances générales. Le rapport comprend un appendice (Appendix B, p. 59) qui présente la méthodologie mise en place pour le rapport.

Les mouvements migratoires constituent un thème majeur pour qui veut comprendre les dynamiques religieuses internationales: par exemple, parler de la diffusion d’Églises transnationales originaires d’Afrique ou d’Amérique Latine, c’est reconnaître que les migrants sont souvent d’excellents missionnaires. Il existe désormais une littérature importante sur le sujet, aussi bien en géographie, en sociologie ou en anthropologie. Le rapport propose une courte bibliographie sélective (p. 113-114) de livres et d’articles en langue anglaise. Lire la suite