Dimanche de Pâques endeuillé dans une communauté évangélique de Stains

ci-contre: l’entrée d’une Eglise de Plaine Saint-Denis (cliché: FD, juin 2008).

Dimanche 8 avril, ce qui devait être un culte de fête à l’occasion de Pâques, s’est transformé en drame quand le plancher du bâtiment qui accueillait une communauté évangélique s’est effondré sous le poids des fidèles réunis. J’espère que ce terrible accident va permettre d’aborder de front la question de l’accès à l’espace des communautés religieuses. Celle-ci est ancienne: en 2000,  le Haut Conseil à l’intégration soulignait le différentiel de traitement de fait entre les groupes religieux historiques et les communautés d’implantation récente. En 2006, le « rapport Machelon » allait dans le même sens: « Mais que penser cependant du principe selon lequel la « République respecte toutes les croyances » dès lors que les fidèles des deux confessions en expansion récente sur l’ensemble du territoire, l’Islam et le Christianisme évangélique, rencontrent de réelles difficultés pour pratiquer leur culte ».

A ma connaissance, le « rapport Machelon » fut le premier texte issu d’une commission officielle, dans lequel le regard ne portait pas uniquement sur l’Islam, mais prêtait attention à d’autres formes d’expressions religieuses, en particulier les évangéliques et les pentecôtistes. En 2012, on peut se demander si une certaine focalisation – malheureusement pas forcément pour les bonnes raisons – sur la seule religion musulmane n’a pas fait oublié que le paysage religieux français s’est métamorphosé en quelques décennies, et que les formes spatiales qu’il prend ont beaucoup évolué, en particulier dans les grandes métropoles. Lire la suite

Quand le rock montréalais « parle en langues »

Voici un clin d’oeil à un post récent de Sébastien Fath sur son blog: « Histoire sociale du Rock, un séminaire à ne pas manquer ». Arcade Fire, groupe phare de la scène rock montréalaise, a sorti en 2010 un excellent album intitulé « The Suburbs » (« les banlieues »), réalité géographique qui incarne le mieux les paradoxes de la société nord-américaine, peu à peu rongée par l' »étalement urbain ». Dans l’édition deluxe de l’album, on trouve une chanson au titre étonnant: « speaking in tongues » (« parler en langues »).

Une telle référence à un élément central de la théologie pentecôtiste ne doit pas nous étonner dans la mesure où Win Butler, leader du group, fut étudiant en études religieuses à la prestigieuse université McGill à Montréal. La chanson serait ainsi une réminiscence universitaire. Si le rock chrétien s’empare fréquemment des codes du rock traditionnel, nous voyons que l’inverse peut être vrai.

La foi en mouvement: un rapport du Pew Forum

Le Pew forum, un centre de recherche américain sur la vie religieuse, a mis en ligne il y a quelques jours un rapport d’une centaine de pages portant sur l’affiliation religieuse des migrants internationaux. Le site offre un ensemble de cartes interactives particulièrement utiles et un quizz pour tester ses connaissances. Comme toujours quand il est question d’appartenances religieuses à l’échelle mondiale, les statistiques sont à prendre avec précaution, mais traduisent malgré tout des tendances générales. Le rapport comprend un appendice (Appendix B, p. 59) qui présente la méthodologie mise en place pour le rapport.

Les mouvements migratoires constituent un thème majeur pour qui veut comprendre les dynamiques religieuses internationales: par exemple, parler de la diffusion d’Églises transnationales originaires d’Afrique ou d’Amérique Latine, c’est reconnaître que les migrants sont souvent d’excellents missionnaires. Il existe désormais une littérature importante sur le sujet, aussi bien en géographie, en sociologie ou en anthropologie. Le rapport propose une courte bibliographie sélective (p. 113-114) de livres et d’articles en langue anglaise. Lire la suite

chose vue: le patrimoine religieux pour tous…

Voici plusieurs semaines que je m’intéresse à l’affichage du Plateau-Mont-Royal, quartier où je réside. La photographie ci-dessus (elle peut être agrandie en cliquant simplement dessus) a été prise le dimanche 12 février sur l’avenue du Mont-Royal. L’affiche aborde de front la question de la gestion du patrimoine religieux catholique montréalais dont j’ai eu l’occasion de parler dans des articles précédents. Pour rappel, Montréal possède un patrimoine religieux auquel la société québécoise essaie de trouver de nouvelles fonctions puisque le nombre et la taille des édifices ne correspondent plus aux réalités de la pratique religieuse.

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Les relations entre l’Islam et l’évangélisme: un thème de recherche à explorer

ci-contre: détail de la page d’accueil du site internet Agape Mosaïque.

Il y a de cela quelques semaines, la RTBF (radio télévision belge francophone) publiait sur son site un article intitulé « L’Institut biblique veut convertir les Musulmans« . L’article était motivé par la tenue d’un « séminaire sur l’apologétique et l’Islam » organisé par le dit Institut. Si le travail missionnaire évangélique auprès des Musulmans dans les pays arabes (notamment en Algérie) suscite de nombreuses discussions et controverses, on connaît beaucoup moins les efforts d’évangélisation auprès des Musulmans en France. Il y a là un thème de recherche d’autant plus important qu’il interroge directement les relations entre groupes religieux et les formes de concurrence qui peuvent exister sur « le marché religieux » français. En privilégiant une approche géographique, le contexte urbain français donne à voir des formes de cohabitation ou de compétition entre groupes religieux. Lire la suite

Où il est question de francs-tireurs, d’ « églises émergentes » et d’ « églises missionelles »

ci-contre, l’intérieur de l’église Sainte-Brigide de Hilde

Ma rencontre avec Patrick Lagacé

Quelques mots à propos de la dernière émission des Francs-Tireurs sur Télé-Quebec (épisode 354). Pour les non-Québécois, les Francs-Tireurs est une émission réputée pour la forte personnalité des deux co-animateurs : Richard Martineau, chroniqueur pour le tabloïd le Journal de Montréal, et Patrick Lagacé, chroniqueur pour le journal La Presse. Lire la suite

« Voici le temps enfin qu’il faut que je m’explique »

Peut-être aurez-vous reconnu dans le titre de cette note un vers fameux tiré de Bérénice de Jean Racine. Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler de théâtre et le choix de ce vers va s’éclairer un peu plus loin.

On m’a signalé que la version complète de ma thèse était désormais disponible sur le site thèses.fr. Je souligne d’emblée qu’une erreur a été commise lors lors du travail d’indexation de la thèse puisque, contrairement à ce qui est indiqué sur theses.fr, Pierre J. Hamel n’était pas mon co-directeur, mais un membre du jury. Ma co-directrice était la sociologue Annick Germain.

Je profite de l’occasion pour dire quelques mots du processus de mise en ligne. Il se trouve que – et je le concède, c’est une bizarrerie – la thèse que l’on peut télécharger est la version remise sur CD à la bibliothèque universitaire de Paris Ouest-Nanterre-La Défense le jour du dépôt officiel de ma thèse, soit fin septembre 2010. Ceci n’est pas un détail comme on va pouvoir le constater. Lire la suite

Religion et urbanisme: quelle place pour les lieux de culte minoritaires dans l’espace urbain montréalais?

ci contre:L’Iglesia Evangelica Hispana Bethel dans l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (cliché: FD, avril 2008)

Un article paru dans le quotidien La Presse en date du mercredi 14 septembre 2011nous apprenait qu’une Eglise évangélique allait devoir fermer ses portes du fait d’un nom respect des règles de zonage. Si cette affaire a attiré l’attention du journal c’est qu’elle a été portée devant la Cour Supérieure du Québec, et a opposé l’Eglise de Dieu Mont de Sion à la ville de Montréal. La décision de la Cour Supérieure du Québec est disponible ici. Sa lecture est tout particulièrement instructive car elle replace cette affaire dans un réseau d’affaires similaires ayant par le passé opposé des groupes religieux et des municipalités, et montre bien comment chaque affaire participe de la constitution d’une sorte de matrice de référence qui vont venir orienter les décisions futures.

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Les enfants prêcheurs du Brésil

Prenez 22 min. pour regarder ce reportage proposé par la chaîne ARTE (il est disponible pour un temps limité). Voici le résumé qu’on trouve sur le site de la chaîne: « Adriana, 10 ans, prêche la bonne parole devant une assemblée de fidèles suspendus à ses lèvres. Le verbe facile, le geste sûr, elle harangue l’assistance, micro en main, pendant près d’une heure. Persuadée que la présence divine qui l’anime va transformer la vie de ceux qui l’écoutent ». Le reportage est bien fait, notamment parce qu’il donne la parole à un sociologue brésilien qui apporte un éclairage intéressant sur le phénomène des « enfants prêcheurs ».

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Où je retrouve William Branham

Lors de mon travail de terrain de thèse en Seine-Saint-Denis, je me suis retrouvé un dimanche matin de printemps aux abattoirs de volailles d’Aubervilliers. En plus de volailles, on y trouve plusieurs communautés évangéliques disséminées dans un complexe de bâtiments vétustes. Arrivé devant la porte d’une d’entre elles, je m’engage et suis accueilli par un monsieur qui me demande poliment, mais fermement, ce que je fais ici. Je réponds simplement: « je viens a culte ». Je me retrouve dans une petite de salle, semblable à des dizaines d’autres. L’assemblée est essentiellement africaine. Mon regard est immédiatement attiré par un portrait (image ci-contre)  accroché en arrière du pupitre: on y voit un homme de profil, littéralement auréolé. Ce qui est frappant c’est que le pupitre est encadré par un portrait du Christ et par le portrait de cet homme.

Au fil du culte, le nom d’un certain William Branham revient sans cesse. J’en déduis que William Branham est l’homme sur le portrait. A la fin du culte, on me remet un fascicule qui reprend les enseignements de Branham. Comme le pasteur en a témoigé au cours du culte: la lecture de la Bible ne se fait que par la médiation des enseignements de Branham. Celle-ci est codée, et le « prophète » Branham apporte les clefs de lecture indispensables.

De retour chez moi, je consulte ma « bible », The New dictionary of Pentecostal and Charismatic movements et apprends que William Branham (1909-1965), évangéliste américain, fut une des figures de proue du travail missionnaire en Afrique au cours des années 1950 et 1960. Sa renommée fut aussi grande que celle d’Oral Roberts au même moment. Pour en savoir plus, vous pouvez lire la biographie de Branham sur Wikipedia. Si Branham est qualifié de « prophète » c’est précisément grâce à ses visions et ses prophéties . Par ailleurs, il a développé un ministère de guérison qui s’inscrit dans le « healing revival » (« Réveil de Guérison ») de l’évangélisme américain au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Sa biographie disponible en anglais rapporte qu’enfant, il a des visions qui lui permettent de prédire le futur. Il se convertit une fois adulte, reçoit le baptême de l’Esprit et débute son oeuvre, d’abord sous une tente itinérante, renouant ainsi avec la tradition des « camp-meetings ». En juin 1933, 3 000 personnes auraient assisté à son enseignement à Jeffersonville.

Si je parle aujourd’hui de Branham c’est que pas plus tard que ce matin, j’ai été abordé dans un McDonalds par un des employés. « Je souhaiterais vous inviter dans mon Eglise; vous avez de quoi noter l’adresse? » Il faut dire que j’étais en train de parler des Eglises montréalaises avec une journaliste du quotidien La Presse. Nous discutons quelques minutes, ce qui lui laisse le temps de m’expliquer que « seul Branham est le vrai prophète ». Et voilà comment je viens de trouver une Eglise « branhamistes » dont j’ignorais l’existence. Et en plus elle n’est pas loin de chez moi.

Le chercheur appelle cela les heureux hasards du terrain…