Complément d'enquête sur France 2

France 2Ce soir, le magazine de France 2 Complément d’enquête propose un reportage intitulé « Le Diable au trousse ». Ce dernier revient  sur l’affaire des 11 personnes défenestrées à Verrières dans les Yvelines. Le site de France Info rapportait ainsi les faits :

« Selon la procureure adjointe du parquet de Versailles, Odile Faivre, « c’est parce qu’il était nu et qu’il s’est levé durant la nuit pour se porter au chevet de son enfant en pleurs que les choses se sont produites« . Dans l’appartement, 13 personnes « étaient en train de regarder la télévision », a-t-elle expliqué. « L’homme s’est levé pour préparer un biberon quand son épouse aurait hurlé en le voyant : « C’est le diable, c’est le diable« . Au moment où ce trentenaire tentait de revenir dans l’appartement dont les occupants l’avaient expulsé, « les autres occupants ont pris la fuite en sautant par la fenêtre, ayant une peur panique du diable », a poursuivi Odile Faivre ».

J’ai participé au reportage en proposant à un journaliste de l’émission un parcours à travers Saint-Denis et en lui indiquant l’existence de l’Eglise de la Montagne de feu et des Miracles, une Eglise nigériane créée en 1989, dans laquelle l’accent est fortement mis sur la « délivrance » et le « combat spirituel », des catégories sur lesquelles je reviendrai plus longuement, en m’appuyant notamment sur les analyses fines de l’anthropologue Sandra Fancello.

La thèse, un aboutissement provisoire

eglise façade

En photo: l’Eglise Evangélique Cité Jérusalem, arrondissement de Rosemont, Montréal.

Voilà tout juste une semaine que j’ai soutenu ma thèse de doctorat, intitulée : Les dimensions spatiales et sociales des Eglises évangéliques et pentecôtistes en banlieue parisienne et sur l’île de Montréal. Cette dernière a été dirigée par Annick Germain (sociologue de l’INRS-UCS de Montréal) et Hervé Vieillard-Baron (géographe à l’Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense). Compte tenu de la co-tutelle, le jury était étoffé : Elisabeth Dorier-Apprill (géographe de l’Université de Provence), Sébastien Fath (historien du GSRL-CNRS), Marie-Hélène Bacqué (sociologue à l’Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense), David Hanna (géographe au département d’études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal), Pierre Hamel (sociologue à l’INRS-UCS), et bien évidemment mes deux directeurs. Je n’oublie pas celles et ceux qui m’ont fait le plaisir de venir assister à la soutenance.

La soutenance fut longue : un peu plus de 4 heures, comme certains cultes auxquels j’ai pu assister au cours de ma recherche ! Je garde un excellent souvenir de cet exercice qui marque la fin de trois années de recherche et qui, surtout, ouvre la porte à des recherches futures. Comme le fit remarquer malicieusement un des membres du jury : « Et bien, on vous a fait votre programme de recherche pour les 10 années à venir ! ». Ce qui est tout à fait juste. Les questions et les remarques des membres du jury ont permis de mettre le doigt sur certaines limites et insuffisances de mon travail, mais également de montrer comment je peux maitenant m’appuyer sur certaines intuitions pour poursuivre la recherche. Cette thèse est donc bien un « aboutissement provisoire » : si elle constitue une séquence cohérente dans mon parcours de recherche, elle ouvre des portes nombreuses et des pistes à creuser. Toutes ne seront sans doute pas exploitées immédiatement.

Pour l’heure, je vais me concentrer sur la question de la régulation locale des lieux de culte par les autorités locales montréalaises, en privilégiant une approche néo-institutionnelle (une petite note reviendra dans quelques temps sur le néo-institutionnalisme). La question de départ est de voir comment les contraintes urbanistiques qui pèsent sur les communautés religieuses orientent le processus de production de l’espace religieux. En retour, j’ai envie d’interroger les différentes manières que les responsables politiques locaux ont d’adapter leurs propres conceptions du religieux dans un contexte marqué par une pluralité des expressions religieuses et de ses formes d’affichage. Pour mener cette recherche, j’ai la chance de repartir à Montréal en janvier prochain. J’y serai accueilli par la sociologue Valérie Amiraux, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études du pluralisme religieux et ethnicité, rattachée au Centre d’Etudes Ethniques des Universités de Montréal (CEETUM).

Tout un programme…

Des évangéliques dans Megalopolis

MegalopolisVoici l’occasion de découvrir une nouvelle revue, Megalopolis, lancée l’an dernier par d’anciens étudiants de la filière journalisme de sciences-po. Le projet est aussi original qu’ambitieux: offrir une revue de qualité au Grand Paris, cette entité géographique qui n’en finit plus de naître. L’approche de la revue plaît d’autant plus au géographe que je suis, qu’elle traite avant tout des lieux qui composent l’espace francilien, et s’efforce d’en restituer l’originalité et la complexité de chacun.

A l’occasion du numéro 3 de la revue, j’avais été contacté par Olivier Monod, un des journalistes  fondateurs, désireux de faire un article sur un phénomène encore peu connu: la multiplication des lieux de culte d’Eglises évangéliques dans la banlieue parisienne, en particulier en Seine-Saint-Denis. J’ai donc proposé à Olivier d’entrer dans le sujet par le biais de l’espace. Nous avons ainsi passé toute une matinée en juin dernier à arpenter les rues de Saint-Denis et d’Aubervilliers, à la rencontre de ces lieux de culte improbables, invisibles pour l’oeil non averti. Ce fut pour moi l’occasion de vérifier une hypothèse:  les transformations rapides de la Plaine Saint-Denis, condamnent à moyen terme la présence des lieux de culte, installés dans ce que j’appelle des « interstices urbains », où le religieux surgit là où on ne l’attend pas. Ici se situe d’ailleurs un des chantiers de la Géographie du fait religieux: repérer ces nouveaux lieux et espaces de la pratique religieuse, moins officielle, et beaucoup plus adaptable à la ville contemporaine.

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Gabriel Le bras (1891-1970): des Enfants de Marie à… Pigalle

Le Bras

Je ne résiste pas à la tentation de vous livrer cette  fameuse citation d’un des pères de la sociologie du catholicisme en France, Gabriel Le Bras. Cette citation, dont on ne connaît souvent que la première partie, traîne dans tous les livres traitant du fait religieux en milieux urbains, par exemple dans Théologie de la ville, ouvrage de Joseph Comblin, paru en 1968. La citation se situe à la page 480 du volume 2 des Etudes de sociologie religieuse (PUF, 1956), sous-titré : « de la morphologie à la typologie ».

« Et enfin, je dirai en troisième lieu que l’attraction des villes a une influence ruineuse sur la religion des ruraux (…) Je suis pour ma part convaincu que, sur cent ruraux qui s’établissent à Paris, il y en a à peu près quatre-vingt-dix qui, au sortir de  la gare Montparnasse cessent d’être des pratiquants (…) Je puis dire qu’une expérience qui porte sur vingt-cinq bonnes bretonnes me donne un résultat impressionnant : sur les 25, il n’y en avait pas une qui n’allât à la messe dans son village et nous en avons même connu qui étaient secrétaires des Enfants de Marie ; aucune n’a continué de pratiquer, une fois arrivée à Paris, et même l’une d’entre elles est maintenant  danseuse à Pigalle (Le Bras, 1956 : p. 480) »

Pour en savoir plus sur Gabriel Le Bras, je vous renvoie au chapitre qui lui est consacré, dans l’ouvrage de Danièle Hervieu-Léger et Jean-Paul Willaime, Sociologie et religion : approches classiques (PUF, 2001). Le Bras ne fut pas uniquement important pour les sociologues. Il a largement invité les géographes à laisser de côté leurs approches descriptives et matérialistes du fait religieux, pour se lancer dans une géographie de la religiosité des individus. On lira avec profit un vieil article de Le Bras, « Un programme : la géographie religieuse« , publié en 1945 dans les Annales d’Histoire Sociale, et accessible en intégralité, et gratuitement. Il y précise: « la géographie, on le voit, serait ici l’intermédiaire entre statistique et sociologie : elle situerait dans l’espace, sur un terrain délimité, les chiffres que devra expliquer la sociologie, en tenant compte de la structure sociale et familiale favorisée par le sol, de la démographie, des contacts régionaux ». Bef, le géographe décrit, le sociologue explique et analyse !

Dans Réforme

Réforme

Vous trouverez ici un article écrit pour l’hebdomadaire Réforme. Il aborde la question de la présence des Eglises transnationales africaines en région parisienne. Le point de départ en est  la visite du superintendant de l’Eglise Evangélique de la Montagne de Feu et des Miracles en région parisienne, Eglise dont le siège est au Nigeria.

Si vous voulez en savoir plus sur cette Eglise, je vous recommande le très bon article de Xavier Moyet,  « le Néopentecôtisme nigérian au Ghana : Les Eglises Mountain of Fire and Miracles et Christ Embassy à Accra », paru dans l’ouvrage Entreprises religieuses transnationales en Afrique de l’Ouest.

Je vous renvoie également au n° 143 des  Archives des Sciences Sociales des Religions, avec un dossier « Christianismes du Sud à l’épreuve du Nord », coordonné par les anthropologues André Mary et Sandra Fancello, deux excellents connaisseurs de ces Eglises.

De la signalétique chrétienne et de quelques nouvelles

church-signs-daystar-212-largeCela fait bien longtemps que je n’ai rien écrit sur ce blog. Et pour cause, je suis plongé dans la rédaction de la thèse, entreprise qui me rappelle vaguement les préparations de concours. Comme le disait mon professeur d’histoire de Khâgne: « Préparer le concours, c’est comme courir un 100 m sur la distance d’un marathon ». Bref, que du plaisir. Autant dire que cette note risque d’être la dernière avant quelques mois.

Alors, pourquoi ce titre « de la signalétique chrétienne »? Tout simplement parce que je suis dans mon chapitre sur la mise en visibilité des lieux de culte évangéliques.  Pour ce chapitre, un court passage de l’excellent livre de James B. Twitchell, How Christianity went from in your heart to in your face (Simon & Schuster, 2007), a nourri ma réflexion. Twitchell (le même qui avait publié en 2004 Branded Nation, livre dans lequel il traitait longuement des megachurches) évoque la naissance dans les Etats-Unis des années 1950 d’une entreprise pas comme les autres: la « J. M. Stewart Corporation ». Et que fait cette entreprise, aujourd’hui leader incontestée dans son domaine? Elle propose des panneaux signalétiques pour les églises, en particulier évangéliques.

Cela pourrait paraître anecdotique, mais il n’en est rien. En effet, l’émergence de ces panneaux témoigne d’un élément essentiel: la capacité d’adaptation du religieux face aux transformations urbaines en cours. Et dans les Etats-Unis des années 1950, l’évolution essentielle est la motorisation massive des ménages (elle commence même un peu avant). Du coup, le rapport à l’espace urbain n’est plus le même (voir les auteurs qui traitent du passage de la « ville pédestre », la fameuse  » walking city », à la ville motorisée). Mel Stewart, le créateur de la dite entreprise, partit d’un constat simple: si les clochers étaient des signes efficaces dans la ville pédestre, ces derniers deviennent inopérants dans la ville motorisée. D’où son idée d’installer des panneaux devant les églises, bien visibles depuis la rue. Et Twitchell de raconter que Stewart calcula que la taille de la police d’écriture et le nombre de mots devaient être liés à la vitesse des voitures quand elles passaient devant l’église.

Et la recette fait des miracles puisque le site de l’entreprise regorge de témoignages de pasteurs qui font le constat d’une hausse considérable de leurs assemblées.

Je n’en dis pas davantage, la suite sera dans la thèse…

Le curé du Groland

Grosland Ceux qui connaissent l’humour façon Groland pourraient craindre le pire en voyant le titre de mon post. Et pourtant il n’est pas du tout question d’un prêtre aux moeurs légères, voire douteuses. Vincent Maronnier s’attaque à un sujet très sérieux: le manque de prêtres dans les espaces ruraux et le surcroît de travail reposant sur les épaules des curés qui doivent parcourir des dizaines de kilomètres afin d’assurer la messe dans différentes paroisses.

Plus généralement, la question du redécoupage des paroisses en milieu rural a donné lieu a plusieurs recherches en géographie des religions, notamment par les géographes des universités de l’Ouest (Angers, Le Mans…). Je pense en particulier aux travaux de Jean-René Bertrand et Colette Muller.

Vidéo: « Le curé du Groland« 

Rapport "au nom de la mission d'information etc…"

voile intégralImage explicative figurant à la p. 26 du rapport sur « la pratique du port du voile intégral sur le territoire national ».

Vous trouverez sur le site de l’Assemblée Nationale le fameux rapport portant sur le « port du voile intégral » : 658 pages tout de même ! Il y a en fait 250 pages environ de synthèse et le reste reprend le texte intégral des auditions, avec les questions des parlementaires (c’est là où on s’amuse le plus). Le grand champion dans la catégorie « je pose des questions aux personnes auditionnées » est sans nul doute le député-maire de Maison-Laffitte Jacques Myard. Je ne résiste pas à vous mettre quelques courts extraits tirés de l’audition du sociologue Jean Baubérot (il raconte d’ailleurs sur son blog que M. Myard n’avait pas demandé la parole). Nous sommes à la fin de la présentation de celui-ci, M. Myard ouvre le bal : « Monsieur le Professeur, j’ai écouté avec grand intérêt votre leçon magistrale, mais elle me semble à cent lieues d’une certaine réalité (…) Dire que « le contraindre irait à l’encontre du convaincre » est bien gentil, mais ce sont des mots (…) En bref, votre discours est totalement décalé par rapport à la réalité (p. 427 du rapport) ». Les chercheurs en sciences sociales qui s’appuient sur une pratique assidue du « terrain » apprécieront ces remarques.

L’Islam en Europe : invisible, visible, trop visible ?

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Vous trouverez sur le site des cafés géographiques, qui fourmillent d’informations sur la géographie contemporaine, un article de votre serviteur. Ce petit article revient sur la « votation » suisse et sur le rapport de la commission parlementaire relative au « port du voile intégral sur le territoire national. Ce fut l’occasion de revenir sur la question de la présence de l’Islam dans l’espace public français. j’avais déjà eu l’occasion de parler sur ce blog de la relation établie par certains groupes entre islamisation de l’espace et islamisation de la société. Cet article m’a convaincu que cette piste mériterait d’être creusée, de même qu’un travail de « géographie de la laïcité » serait le bienvenu dans le contexte actuel. Si l’on connaît assez bien la laïcité comme mode de régulation du social, on connaît moins bien sa dimension régulatrice de l’espace.

Bonne lecture !