Quel espace pour la religion dans le monde au XXIème siècle ?

video-xnnq5bL’émission Planète Terre consacrée aux espaces des faits religieux dans le monde, enregistrée le mercredi 18 décembre en compagnie de votre serviteur et du sociologue Olivier Bobineau, est disponible ICI. L’émission peut-être écoutée pendant 3 ans et podcastée pendant 1000 jours.

Dans le cours de l’émission, il a été fait référence à plusieurs éléments:

– la sécularisation: Pour Peter Berger, dans La religion dans la conscience moderne (1971), la sécularisation est l’émergence d’une sphère religieuse distincte des autres sphères comme la politique, l’éducation ou l’économie. Un article de la revue Sciences Humaines explique la notion et les enjeux liés au « retour du religieux ».

– la post-sécularisation: la notion a été proposée récemment par le philosophe allemand Jürgen Habermas pour qualifier des sociétés dans lesquelles la place du fait religieux dans l’espace public se trouve redéfini. Vous trouverez ICI un article de Habermas paru dans la revue Le Débat.

– l’erouv, un fil ou tout élément matériel linéaire et continu qui permet de créer un espace privé symbolique au sein de l’espace. La géographe Lucine Endelstein y a consacré un bel article, « L’erouv, une frontière dans la ville?« , dans la revue Ethnologie française. Elle y parle de l’erouv dans le cadre d’une analyse des juifs Loubavitch dans le 19ème arrondissement de Paris.

– Enfin, pour en savoir davantage sur mon travail de doctorat portant sur les espaces évangéliques et pentecôtistes en Seine-saint-Denis et à Montréal, ma THÈSE est disponible en ligne.

On parle de géographie et de religions sur France Culture

image_104_imageOn parlera de géographie et de religions sur France Culture, en compagnie de votre serviteur, le mercredi 18 décembre, dans le cadre de l’excellente émission Planète Terre, la grand messe de tous les géographes.

C’est à écouter en direct entre 14h00 et 15h00. L’émission peut aussi être podcastée et écoutée en toute liberté de conscience.

Conférence à l’Institut d’Urbanisme

indexPour celles et ceux qui sont à Montréal et qui veulent en savoir plus sur l’encadrement urbanistique des lieux de culte par les arrondissements montréalais, je donne une conférence le jeudi 7 Novembre, intitulée: « Les arrondissements montréalais à l’épreuve de la diversité religieuse ».

La conférence aura lieu à l’Institut d’urbanisme, 2940 Chemin de la Côte Sainte-Catherine salle 3110, de 12h00 à 13h30.

Affiche de la conférence

God Bless America!

indexLes américains ne cesseront pas de nous étonner par leur capacité à mixer des univers apparemment incompatibles: ainsi, le succès de l’automne est une émission de télé-réalité, pudiquement appelée « docu-series », The preachers of L.A, qui propose de suivre le quotidien de 6 pasteurs ayant rencontré le succès (forcément) du sud de la Californie. On peut visiter la page officielle de l’émission. À quand une version française?

Le site internet de la chaîne CNN propose un article (en anglais) intéressant sur le sujet.

Et une petite vidéo de présentation du programme qui montre qu’on est bien loin de l’idéal de pauvreté évangélique, mais qu’on est au cœur de l’évangile de la prospérité. Comme le dit l’un des pasteurs de la vidéo: « il n’y a pas que les rappeurs qui devraient pouvoir rouler en Ferrari »…

« Géographie des faits religieux »: un dossier à découvrir

carnetsgeogJe vous invite à découvrir le dernier numéro des Carnets de Géographes, consacré à la géographie des faits religieux,  un thème peu étudié par les géographes français, alors même que Pierre Deffontaines avait magistralement ouvert la voie en 1948 avec son ouvrage Géographie et religions.

Outre un texte introductif, « Approches spatiales des faits religieux: jalons épistémologiques et orientations contemporaines« , écrit par Lucine Endelstein et moi-même, vous découvrirez sept articles originaux qui ouvrent, chacun à leur manière, des pistes de réflexions originales sur les approches spatiales des faits religieux. Le tout est en accès libre.

Bonne lecture!

 

Lyon, terrain d’une concurrence entre Protestants?

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ci contre: trois photos d’Églises évangéliques lyonnaises.

Un article publié dans la Tribune de Lyon est l’occasion pour moi de rappeler que mon mémoire de Master 2, Dimension et inscription spatiale des Églises évangéliques et pentecôtistes. L’exemple lyonnais, portant sur les dimensions spatiales des Églises évangéliques lyonnaises est disponible en ligne.

L’article en question est passablement mauvais. D’abord, le titre: « Lyon. La concurrence entre protestants et évangéliques » » Il se trouve que les évangéliques sont également protestants. S’il y a concurrence elle se fait donc entre des sensibilités différentes au sein du monde protestant qui, il est vrai, est passablement éclaté. En revanche, lors d’entretiens avec des pasteurs ADD d’autres congrégations lyonnaises, il m’a semblé percevoir un peu d’agacement dans leurs propos face à la « politique spatiale » de Michel Chiner. Lire la suite

« Tenir le haut de l’affiche : analyse structurale des prétentions au charisme », un article de Baptiste Coulmont

RFS_493_L148Je vous recommande chaudement la lecture de l’article de Baptiste Coulmont, »Tenir le haut de l’affiche : analyse structurale des prétentions au charisme », paru récemment dans la Revue Française de Sociologie.

Son article s’appuie sur un matériel original, les affiches annonçant des événements dans le champ évangélique et pentecôtiste (croisades, week-end de prière, conférences d’évangélistes…). Au cours de ma thèse j’avais été littéralement fasciné par ces affiches dont l’accumulation permet de faire ressortir des façons de faire et des codes de composition. Baptiste Coulmont appuie son analyse sur 200 affiches. Le corpus de photographies est en accès ICI: c’est une mine d’or!

Le texte est disponible sur le portail académique Cairn

J’en profite pour reproduire ce que j’écrivais sur les affiches dans ma thèse. Mon commentaire s’inscrivait dans un chapitre portant sur la mise en visibilité de lieux de culte « invisibles », les affiches permettant d’exister dans l’espace public, même si ce n’est que de manière éphémère:

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Ma cabane au Canada

ruelle 3J’ai la chance d’habiter Outremont un arrondissement de Montréal qui associe des populations diverses, notamment des juifs hassidiques. Si ce terme ne vous dit rien, un petit tour sur la notice Wikipedia, « hassidisme« , vous renseignera amplement. Il existe également un « que sais-je? »fort bien fait, écrit par Julien Bauer, qui vous permettra d’en savoir davantage. Des juifs hassidiques ont également créé un site internet: outremonthassid.com. Lire la suite

À propos des « accommodements raisonnables »

En France, c’est devenu sport national que de railler les « accommodements raisonnables » (AR) québécois, en parlant notamment d' »accommodements DÉraisonnables », expression d’Élisabeth Lévy (il me semble) du site Causeur , repris par Eugénie Bastié sur ce même site. Le problème est que ceux qui en parlent n’y connaissent manifestement pas grand choses: ainsi, Eugénie Bastié, dans sa chronique, affirme ainsi sans problème: « Confrontés aux problèmes engendrés par un multiculturalisme de fait, les Québécois ont inventé un modèle intermédiaire de laïcité qui sera formulé dans  le rapport Bouchard-Taylor de 2007 sous le nom d’« accommodements raisonnables » ». Et bien non! Il est certain qu’il est tentant d’attribuer la paternité de la notion au philosophe Charles Taylor, un des pères du multiculturalisme politique, histoire de la dénoncer du même coup, mais les AR n’ont pas seulement rien à voir avec la commission Bouchard-Taylor, mais en plus, ils ne concernent pas spécifiquement la diversité culturelle.

Je rappelle seulement que la notion d’AR est une notion juridique, apparue dans le droit du travail, et qui devait permettre de rendre inclusives les entreprises, en particulier pour les personnes handicapées. Ainsi, si votre entreprise déménage dans un local situé à un étage, qu’il n’y a pas d’ascenseur dans le bâtiment, et que vous êtes en fauteuil roulant, vous pouvez demander un aménagement qui constitue un exemple d’AR.

Les commentateurs français oublient par ailleurs que la notion d’AR ne se comprend pas sans son corollaire, la notion de « contrainte excessive ». En effet, toutes les demandes formulées ne sont pas légitimes et il ne suffit pas de se présenter comme membre d’une minorité pour avoir droit à un aménagement. La notion de « contrainte excessive » permet à l’employeur ou à l’organisation concernée (une école, par exemple) de motiver un refus d’accommodement, au titre que ce dernier irait à l’encontre du bon fonctionnement de l’entreprise. Par exemple, une PME pourra arguer qu’un accommodement demandé est trop coûteux au regard de ses propres ressources.

Pour en savoir plus sur la laïcité québécoise je recommande les ouvrages de la sociologue québécoise Micheline Milot.

Trappes, un regard du Québec

Je vous invite à découvrir un récent éditorial paru dans le quotidien québécois La Presse. Son auteur, André Pratte, revient sur l’affaire de Trappes, et en profite pour égratigner au passage le « modèle » français de laïcité. Le journaliste le fait d’autant plus facilement que, du côté français, on ne se gêne pas pour critiquer le « multiculturalisme » canadien et les « accommodements raisonnables » québécois, en ignorant généralement de quoi il s’agit.

Mais il ne faut pas s’y tromper, traiter de la France est l’occasion pour l’auteur de parler de la question de la gestion de la diversité religieuse dans l’espace public québécois. En effet, si la laïcité n’est pas inscrite dans la Constitution, elle constitue néanmoins au Québec une valeur fréquemment mobilisée et invoquée. Lors des dernières élections provinciales qui ont vu la victoire du Parti Québécois, un projet de « Charte de la laïcité » (l’éditorial y fait d’ailleurs référence) avait même été évoqué par l’actuel parti au pouvoir. Par ailleurs, ce débat est régulièrement réactivé à l’occasion d’affaires dont l’ampleur médiatique est souvent disproportionnée. Par exemple, au printemps 2013, la fédération de soccer du Québec a interdit à de jeunes sikhs de pratiquer leur sport favori s’ils portaient le turban traditionnel. Le même débat avait eu lieu avec le foulard islamique.

Pour en savoir plus sur la question de la laïcité au Québec je recommande deux ouvrages:

– Jean Baubérot, 2008, Une laïcité interculturelle. Le Québec, avenir de la France?, Éditions de l’Aube.

– Jocelyn MacLure et Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience, Éditions Boréal, 2010. L’ouvrage est publié en France par les éditions La Découverte.