Rions un peu…

Les Annales de Géographie, revue fondée par Paul Vidal de la Blache en 1891, viennent de publier des articles issus d’un colloque qui s’était tenu en 2008 à l’université d’Arras. Pour l’anecdote, ce fut ma première expérience de communication scientifique (« Où est Dieu dans le terrain?« ).

Le colloque fut l’occasion pour Hervé Regnauld, professeur de géographie à l’Université de Rennes 2, de réaliser des dessins, directement inspirés par les présentations. Comme il l’explique lui-même dès les premières lignes d’un article dans le numéro des Annales: « Les dessins de ce Carnet de Colloque renvoient à une attitude habituelle pour moi durant un colloque : une écoute alternativement attentive et flottante ». On appréciera la référence à l' »attention flottante » développée par Freud et récemment moquée par le  toujours très mesuré Michel Onfray dans sa biographie du père de la psychanalyse.

Voici le dessin que ma présentation inspira à Hervé Regnauld:

http://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=AG/AG_687/AG_687_0462/AG_687_art02_img008.jpg

Livret statistique du Conseil National des Évangéliques de France

Soucieux de rendre compte de l’évolution du paysage évangélique français, le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) publie ces jours-ci un livret statistique et cartographique. Ce dernier est l’œuvre de Daniel Liechti qui actualise régulièrement ses données compilées depuis maintenant de nombreuses années. Ainsi l’annuaire évangélique publié conjointement par le Réseau FEF et le CNEF comprend traditionnellement un cahier central cartographique et statistique. Durant ma thèse, Daniel Liechti partagea avec moi un savoir incomparable en matière d’évolution du paysage évangélique français.

Ce faisant, le CNEF s’inscrit d’une certaine manière dans la lignée de la sociologie pastorale française: dès les années 1940 le sociologue Gabriel Le Bras proposait ainsi un programme statistique et cartographique ambitieux visant à mieux appréhender la situation du catholicisme français.

Je souligne que ce type de « comptabilité pastorale » n’est pas dénuée d’une portée missionnaire. Le livret possède ainsi une fonction externe (faire connaître aux autorités et au grand public les réalités évangéliques contemporaines) et interne (la dynamique positive permet de mobiliser les troupes et rendre compte des fruits issus des efforts communs. Lire la suite

L’Apocalypse et le géographe

Les amateurs de science-fiction savent que l’un des thèmes favoris de ce genre littéraire est la destruction de l’humanité et de la Terre. Nombre de romans sont ainsi des récits apocalyptiques qui mettent en scène les différentes phases de la destruction finale. Le terme d' »Apocalypse » semble adéquat dans la mesure où le texte biblique constitue la référence centrale de la plupart des romans de science fiction occidentaux. Ainsi, derrière des récits apparemment peu sérieux, peuvent se cacher de véritables « méditations métaphysiques » sur la condition humaine au moment où sa disparition devient une hypothèse envisageable.

Dans son dernier ouvrage, Le syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse, le géographe Alain Musset analyse avec minutie les romans, films et jeux videos qui mettent en scène la fin du monde. Il écrit en introduction: « Même si la proposition est en apparence ludique, analyser les discours  sur l’apocalypse, en particulier dans les récits de science-fiction, permet de mieux comprendre les dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux qu’ils révèlent dans un monde perçu comme toujours plus vulnérable malgré (ou à cause) son développement technologique » (p. 23). Alain Musset s’était déjà essayé à  ce type d’exercice dans De New-York à Coruscant. Essai de géofiction, ouvrage dans lequel il montrait en quoi la capitale de l’Empire intergalactique dans la saga Star Wars nous renseignait sur notre propre condition urbaine.

Vous pouvez entendre Alain Musset parler de son livre dans l’émission de géographie Planète terre, sur France Culture.

Et pour ceux qui veulent croiser science-fiction et monde évangélique je recommande chaudement la saga Left Behind qui comprend une quinzaine de romans. Il s’agit d’une mise en récit de l’Apocalypse, avec la lutte de la « Tribulation force » contre l’Antéchrist, l’inquiétant Nicolae Carpatia. Plus que de science-fiction on peut parler de véritable « fiction prophétique ». Le génie des deux auteurs de cette saga est de faire d’un exposé de la théologie dispentionaliste des ouvrages de fiction pour le grand public.

« Les soldats de Jésus »: un documentaire à voir sur RDI

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Si vous résidez au Québec, vous êtes doublement chanceux: non seulement vous profitez d’un art de vivre incomparable, mais en plus vous pourrez regarder sur RDI, le lundi 10 décembre à 20h, le documentaire Les soldats de Jésus (lien vers le site du documentaire avec la bande annonce).

Quand on m’a demandé de participer, j’ai hésité car ma dernière expérience pour la télévision avait été franchement mitigée. Mais après avoir vu le documentaire – et non le reportage – je ne regrette pas du tout. En effet, Orlando Arriagada a réalisé le tour de force de parler des évangéliques sans tomber dans la facilité des bras en l’air, des guérisons et des séances de délivrance, tellement télégéniques.

Rien de spectaculaire, bien au contraire. Le réalisateur montre les réalités très ordinaires d’une assemblée évangélique de Terrebonne dans la banlieue de Montréal. La séquence où le pasteur visite des fidèles est particulièrement réussie. Le réalisateur ne dit pas au spectateur ce qu’il doit penser, mais donne longuement la parole aux premiers intéressés, à savoir les Évangéliques eux-mêmes. Le documentaire dure près d’une heure, ce qui laisse le temps pour de longues séquences au cours desquelles le spectateur a le temps de comprendre le phénomène. Par ailleurs, montrant une Église québécoise « de souche », le documentariste tord le cou à l’idée que les Églises évangéliques ne concerneraient que immigrant(e)s qui trouveraient des sortes de compensations dans la pratique religieuse.

Pour autant, il n’y a pas d’angélisme dans le documentaire, et l’on voit bien comment certaines convictions peuvent parfois entrer frontalement en opposition avec les valeurs sociales dominantes. La différence de style entre le pasteur et le responsable de la jeunesse est d’ailleurs très intéressante.

Mon seul bémol est le titre, mais le réalisateur parvient à lui donner du sens quand il interroge le pasteur de l’Église de Terrebonne sur ce que lui en pense. Ce dernier souligne justement qu’un tel titre peut faire peur celles et ceux qui ne connaitraient pas les évangéliques.

Tobie Nathan sur les enfants sorciers

Il y a quelques mois j’avais rédigé une note sur un reportage de France 2 qui revenait sur une bien étrange affaire, mêlant sorcellerie, engagement chrétien et drame familial. Cette affaire interrogeait directement le rôle de la sorcellerie au sein de certaines assemblées chrétiennes, en particulier celles issues de l’immigration africaine.

Dans le numéro 63 (octobre 2012) de l’excellente revue Philosophie Magazine, l’ethnopsychiatre Tobie Nathan signe un article passionnant sur le cas des enfants sorciers avec lesquels il a été en contact dans le cadre de ses activités à l’hôpital Avicenne de Bobigny. Lire la suite

On parle des lieux de culte montréalais au Centre Canadien d’Architecture

La graphiste Audrey Wells invite Frédéric Dejean, docteur en études urbaines, à discuter de la place qu’occupent les lieux de culte dans la vie collective des quartiers. Wells a participé à ABC : MTL, une plateforme ouverte présentée au CCA (1920, rue Baile, métro Guy-Concordia), qui cartographie le Montréal contemporain de façons multiples et à l’aide de différentes techniques. Ses illustrations architecturales révèlent la stratification complexe de Parc-Extension, l’un des quartiers qui comptent la plus forte diversité ethnique du Canada.

Information sur l’événement :
22 novembre 2012, 17 h 00 – 18 h 00
Salles principales
Entrée libre

Voir l’annonce sur le site du CCA

« Laïcité et liberté de conscience »: l’espace comme enjeu

Je conseille vivement la lecture du petit essai, Laïcité et liberté de conscience, publié il y a deux ans par  Charles Taylor et Jocelyn Maclure, deux philosophes ancrés dans la réalité québécoise. Si la lecture est facilitée quand on a à l’esprit l’actualité québécoise de ces dernières années (la « crise des accommodements raisonnables », la « commission Bouchard-Taylor », en particulier), les non Québécois y trouveront des réflexions intéressantes, notamment dans la perspective d’une laïcité libérale et non pas républicaine. Quoi, le modèle français n’est pas le seul et l’unique ?! Les deux auteurs expliquent qu' »an “open” secularism defends a model centered on the protection of freedom of conscience and of religion, as well as a more fl exible concept of separation and neutrality. These could also be characterized as “republican” secular regimes versus “pluralist” or “liberal” ones » (p. 27). Désolé, je n’ai que la version anglaise du texte. Lire la suite

« Et Dieu sous-traita le salut au marché »: une présentation

Attention, ce texte n’est pas un compte rendu de lecture exhaustif de l’ouvrage. Je me suis efforcé d’en dégager les lignes de force structurantes. Davantage qu’un résumé, il s’agit d’un guide de lecture qui introduit à un livre fort intéressant.

Comme tout effort de synthèse l’ouvrage de Jesús Garcia-Ruiz et Patrick Michel est ambitieux. Il faut saluer la volonté des deux auteurs de dépasser une approche uniquement monographique pour proposer une lecture plus générale des Églises néo-pentecôtistes. De ce point de vue, le sous-titre du livre, « de l’action des mouvements évangéliques en Amérique Latine », est trompeur. En effet, les deux auteurs concentrent leur étude sur ce qu’on appelle parfois le Pentecôtisme de la « troisième vague », pour reprendre une périodisation proposée par le théologien américain, Peter Wagner, lui-même acteur engagé de cette troisième vague. C’est par ce terme « que sont désignées les Églises individuelles, postmillénaristes, qui, sur fond de privatisation du religieux, affirment que le royaume de Dieu est déjà de ce monde ; qu’il faut mener une « guerre spirituelle » visant à combattre le diable (…) ; qui développent une « théologie de la prospérité » ; qui pensent que s’insérer dans l’espace public constitue un devoir pour le croyant (…) » (p. 24-25).

Le livre possède plusieurs niveaux de lecture : à un premier niveau, il s’agit d’une description qui rend compte des recompositions internes du paysage évangélique en Amérique Latine, en particulier la montée en puissance de la composante néo-pentecôtiste ; à un deuxième niveau, épistémologique cette fois-ci, il s’agit pour les deux auteurs de voir comment l’absence d’outils d’analyse a longtemps entravé la recherche sur ces mouvements ; enfin, un troisième niveau, analytique, offre une analyse pointue des transformations religieuses dans un contexte de déstabilisation en profondeur des sociétés latino-américaines, pleinement engagées dans le processus de mondialisation. Comme les deux auteurs le précisent dés la première page de l’introduction, ils souhaitent « saisir, dans une perspective résolument théorique, les recompositions du religieux, comme autant d’indicateurs et de modalités de gestion des évolutions que connaissent les sociétés contemporaines, s’appliquant à définir leur rapport avec le mouvement multiforme auquel elles sont confrontées » (p. 6-7). La lecture est donc volontairement « sociopolitique », en opposition avec une approche « par le seul religieux » que les deux auteurs présentent comme non pertinente pour comprendre les mutations en cours. Lire la suite

Un regard féministe sur le Coran

Je vous invite à découvrir cette entrevue avec Leïla Benhadjoudja, doctorante en sociologie à l’Université du Québec à Montréal. Son travail de recherche porte sur les courants féministes musulmans, un sujet d’actualité qui permet de dépasser des préjugés sur l’Islam, le statut de la femme et les diverses formes prises par le féminisme. Bref, une belle invitation à la réflexion!