La Marche pour Jésus 2009: "Jesus and the city"

banderoleJe me suis rendu samedi dernier (le 27 juin) à la « Marche pour Jésus » qui partait cette année de la place Denfert-Rochereau. Lorsque j’arrive vers 13h00, c’est à dire une heure avant l’heure de départ du cortège, la « Marche » est en plein préparatifs. 7 chars (des semi-remorques dont les bâches ont été relevées afin d’accueillir des groupes de musiciens) sont disposés sur le pourtour de la place et attendent le signal du départ. Autour de chacun de ces chars, les participants se rassemblent de manière à pouvoir marcher à leur suite. L’organisation se fait en fonction des églises participantes. Ce sont en tout 12 communautés qui participent pour cette édition 2009.      char

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est un peu plus de 14h00 quand le cortège s’ébranle. Alors que ce dernier devait emprunter le boulevard Raspail, c’est finalement vers la rue Froidevaux (plutôt étroite) qu’il se dirige. La tête est occupée par des fidèles tenant une banderole sur laquelle est inscrite « Marche pour Jésus ». Derrière elle, l’artiste chrétienne Brigitte Manuceau agite un drapeau français portant des inscriptions hébraïques.

Elle est suivie de près par un groupe de personnes jouant du schofar, un instrument de musique à vent en usage dans le rituel israélite depuis l’Antiquité.

chofar

 Il a notamment été utilisé par les Hébreux contre les murailles de Jéricho lors de la conquête du pays de Canaan par Josué. On le classe dans les cornes puisqu’il est fabriqué avec une corne de bélier,effectivement puisque dans la lexicologie juive קרן <qerene> signifie par exemple en français corne, symbole du bélier sacrifié par Abraham à la place de son fils Isaac (merci Wikipédia). La présence de ces instruments en tête de cortège me rappellent la discussion ayant eu lieu sur le blog chrétien blogdei. Celle-ci portait sur l’influence du « spiritual mapping » sur la « Marche pour Jésus ». Un des aspects du « spiritual mapping » consiste à parcourir les espaces urbains en priant de manière à délivrer certains lieux des esprits maléfiques (les « esprits territoriaux »). Classiquement, ces types de marches (les « walkingprayers ») se déroulent dans des quartiers d’affaires, dans des quartiers de sex-shops…. Cette influence du « spiritual mapping » est ici corroboré par un texte trouvé sur le site de la « Marche » :

Nous partirons de La place Denfert-Rochereau, ancienne place d’Enfer, car elle donnait accès aux catacombes de Paris. Elle était la porte d’entrée de Paris avant 1870. De là, fut donné l’ordre de l’insurrection de 1944 face aux allemands, de là se répandirent les chars Leclercq venus libérer Paris. Nous prenons ensuite le boulevard Raspail, ce chimiste membre d’une société secrète révolutionnaire, avec sa célèbre citation « A la science, unique religion de l’avenir ». Nous passerons sous la tour Montparnasse. La plus haute tour de Paris, (210 m), de sinistre réputation, à cause de sa couleur noire, est aussi la plus haute tour de France. Appelée Babel, en novembre 2008, un vote effectué en ligne la place en deuxième position des édifices les plus laids du monde, juste derrière l’hôtel de ville de Boston. Le Mont Parnasse, particulièrement vénéré dans l’Antiquité, était consacré à la fois au dieu Apollon et aux neuf Muses, dont il était l’une des deux résidences dans la Grèce antique. Puis la Place de Catalogne commandée par le président Valery Giscard d’Estaing dans un style néo-classique (franc -maçon). Bâtiments faits pour écraser, pour que le peuple se sente tout petit face à l’Etat, avec des colonnes. Plusieurs portes ouvrent des lignes ley avec au centre de la place un puit d’énergie représenté par une immense fontaine de forme ronde. Boulevard Pasteur, place Pasteur. Statue érigée à la gloire de Pasteur, à la gloire de la médecine, son symbole: le serpent : la sécurité sociale, l’assurance des hommes placé en un système qui épuise tout le budget du pays avec des déficits abyssaux. Nous arriverons place Vauban aux Invalides, ancien hôpital des invalides de guerre, devenu le « panthéon des gloires militaires ».

 

L’auteur du texte n’est pas précisé. Il s’agit peut-être de Dominique Leuliet, un des organisateurs de la manifestation. En tout cas ces quelques lignes témoignent du fait que le parcours possède une symbolique forte. Les lieux traversés par la « Marche » ne sont pas laissés au hasard et possèdent une signification. De manière générale il s’agit bien de lutter contre certaines forces sataniques (porte d’Enfer) ou occultes (les « lignes ley » renvoyant à la radiesthésie) par le biais d’un « combat spirituel ». Ces différents éléments indiquent que le parcours n’est pas seulement une entreprise de mise en visibilité des Chrétiens dans l’espace public mais relève bien d’un projet religieux dans lequel la prière localisée en certains lieux aura des vertus positives. L’organisation interne de la « Marche » témoigne d’ailleurs du fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une « Christian Pride » : chaque « char » suivi des fidèles fonctionne comme une sorte de « culte de louange mobile », de sorte que ce sont en tout 7 cultes qui se déroulent en simultanés. Les chants de louange occupent une grande partie du temps, accompagnés par moments d’interventions de pasteurs ou de fidèles, invitant à prier pour la ville de Paris, pour la France, pour les dirigeants etc…

 

D’un point de vue davantage théorique le lien entre la « Marche pour Jésus » et le « spiritual mapping » est souligné par Gerald C. Ediger dans un article passionnant (“The proto-Genesis of the March for Jesus Movement”) paru dans la revue Journal of Pentecostal Theology en 2004. L’auteur rappelle le contexte dans lequel a émergé la « Marche pour Jésus ». Il montre bien que la première Marche en 1987 s’inscrit dans un contexte de profond dynamisme dans les milieux charismatiques anglais. Ediger met en évidence le fait que des personnalités centrales dans la mise en place de la première « Marche », notamment Graham Kendrick (évangéliste spécialisé dans le ministère de louange), ont été influencés par les théologiens du « combat spirituel » (“spiritual warfare”) et plus particulièrement par les auteurs ayant mis en avant la notion d’esprit territorial, à savoir Charles Peter Wagner et John Dawson de « Jeunesse en Mission ». Le lien entre le combat des esprits territoriaux et l’idée de « Marche » se comprend facilement dès lors qu’on a en tête que la prière de délivrance sera d’autant plus efficace que l’on se trouve à proximité du lieu pour lequel on prie. Charles Wagner dans Quand les puissances s’affrontent (Confronting the powers) écrit ainsi : Le combat spirituel au niveau stratégique est celui qui porte sur la confrontation avec les principautés et les puissances de haut rang, semblables à celles qu’évoque Paul dans Ephésiens (6 : 12). On désigne fréquemment ces forces adverses par l’expression « esprits territoriaux » qui tentent en effet d’emprisonner dans des réseaux de captivité spirituelle un grand nombre d’êtres humains par le biais de villes, de nations, de voisinages, de groupes de personnes, d’allégeances religieuses (p. 17).

 

Voici quelques hypothèses sur les relations entre la « Marche pour Jésus » et le « spiritual mapping ». Ce ne sont que des pistes qui demanderaient d’être explorées plus en avant. Les éléments que j’ai recueillis ici me semblent suffisamment stimulants pour donner lieu à un travail de recherche.

 

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